Un musée pas comme les autres à Chalus
À Chalus, petite commune de Haute-Vienne où Pierre Desproges a vécu, un homme s’est donné une mission singulière : faire perdurer l’esprit du maître de l’humour noir français. Marc Jitiaux, qui se définit lui-même comme un “inventurier”, a imaginé un lieu à la hauteur de cette ambition. Un lieu qui ne ressemble à aucun autre.
Après avoir fondé l’Académie Cyclopédique à Chalus – un clin d’oeil appuyé à Monsieur Cyclopède, personnage culte de Desproges –, Marc Jitiaux s’apprête à ouvrir les portes du Musée Histérique. Pas historique, attention. Histérique. La nuance a toute son importance pour cet amoureux du jeu de mots et de la pensée de travers.
Ouverture à 10 heures 01, la minute de Monsieur Cyclopède
L’inauguration est prévue le samedi 18 novembre, au 5 de la rue Salardine à Chalus. L’horaire d’ouverture a été choisi avec le soin maniaque d’un horloger surréaliste : 10 heures 01, soit la minute de Monsieur Cyclopède. Un détail qui donne le ton de l’ensemble.
Le concept du musée repose sur un parcours-conté où les visiteurs découvrent des objets inscrits dans ce que Marc Jitiaux appelle une “démarche de redéveloppement durable”. Derrière cette formule, volontairement absurde, se cachent des créations inclassables. “Ce sont des trucs qui font des machins”, résume-t-il avec un aplomb tout desprogien. “Tout va arriver, même l’inimaginable. Tout arrive pour peu qu’on s’en approche.”
Hommage aux Templiers, version décalée
Parmi les temps forts de ce parcours pas ordinaire, le musée propose un hommage à Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre des Templiers. L’année 2017 marque en effet le 710e anniversaire du démantèlement de l’ordre, et Marc Jitiaux n’allait pas laisser passer une telle occasion de marier histoire et humour.
Le visiteur y découvrira notamment la présentation “enchâssée” d’ossements attribués aux descendants directs de Jacques de Molay, baptisés avec un sens du calembour irréprochable : “Tibia et Péroné”. Un trait d’humour qui aurait sans doute fait sourire Pierre Desproges lui-même, lui qui aimait tant jouer avec les mots, les conventions et les certitudes.
L’héritage Desproges en terre limousine
Pierre Desproges, disparu en 1988, a laissé derrière lui une oeuvre comique d’une rare densité intellectuelle. Ses chroniques, ses sketches et ses réquisitoires du Tribunal des flagrants délires continuent de nourrir des générations d’amateurs d’humour exigeant. Que son esprit trouve à Chalus un lieu de célébration n’a rien d’étonnant : c’est dans cette commune que l’humoriste avait choisi de poser ses valises, loin de l’agitation parisienne.
Marc Jitiaux s’inscrit dans cette filiation avec une ferveur joyeuse. Son musée ne prétend pas être un lieu de mémoire classique, avec vitrines et cartels explicatifs. Il s’agit plutôt d’une expérience immersive, un voyage dans un univers où l’absurde et la poésie se donnent la main, où le rire naît de l’inattendu.
Un esprit bon enfant, une démarche sincère
L’inventurier insiste sur le caractère bon enfant de son projet. Le Musée Histérique se veut accessible à tous, sans prétention ni élitisme. On y vient pour se laisser surprendre, pour découvrir des chemins de traverse que la raison ne connaît pas toujours.
Dans un paysage culturel où l’humour se consomme souvent en format court sur les réseaux sociaux, l’initiative de Marc Jitiaux a quelque chose de salutaire. Elle rappelle qu’il existe une tradition française de l’humour intelligent, nourri de références, de jeux de langage et de liberté de ton. Pierre Desproges en était l’un des plus brillants représentants. À Chalus, grâce à un inventurier obstiné, son esprit continue de souffler.



