Pour Pascal Robert, la société attend beaucoup de l'école

Pour Pascal Robert, la société attend beaucoup de l'école

Apprendre à lire, à compter, à réfléchir. Jusque-là, rien de neuf. Mais prévenir les addictions, expliquer les dangers d’internet, repérer le harcèlement, former des citoyens modèles ? Ça, c’est la liste de courses que la société française a gentiment déposée sur le bureau des profs. Pascal Robert, fin connaisseur du système éducatif, le dit sans détour : on demande à l’école de régler des problèmes que plus personne d’autre ne veut prendre en charge.

Des gendarmes dans les salles de classe

La semaine dernière, les adjudants Allamargot et Jourde ont passé la journée devant des élèves de cinquième. Rencontres de la sécurité intérieure, c’était le cadre officiel. Concrètement ? Parler drogues et internet à des gamins de douze ans. Quand même, ça interroge. Des gendarmes en classe, c’est devenu banal, mais est-ce que quelqu’un s’arrête pour se demander ce que ça dit de nous ?

Il y a trente ans, un prof de maths faisait des maths. Point. Aujourd’hui, on lui demande aussi de flairer la radicalisation, de détecter le cyber-harcèlement et de promouvoir les légumes à la cantine. Le tout entre la leçon sur Pythagore et l’interro du vendredi. Pas étonnant que ça craque, franchement.

Les profs ne sont pas des super-héros

Pascal Robert pose le doigt là où ça fait mal. À force d’empiler les missions, le message se brouille. L’école veut tout faire et du coup, elle risque de ne plus rien faire correctement. Les enseignants se retrouvent en première ligne sur des sujets pour lesquels personne ne les a formés. Résultat : un sentiment d’impuissance que les beaux discours du ministère n’arrivent pas à effacer.

Attention, le propos n’est pas de dire que la prévention ou l’éducation aux médias seraient inutiles. Bien sûr que non. Mais quand on confie tout ça à l’école, on admet en creux que la famille a lâché l’affaire, que la vie associative ne suit plus, que les médias ne jouent plus leur rôle. C’est ça, le vrai sujet.

Et nous dans tout ça ?

Le débat, il ne se résume pas à choisir entre une école « à l’ancienne » qui ne ferait que du calcul mental et une école qui voudrait sauver le monde. La vraie question, c’est l’équilibre. Comment transmettre des savoirs solides tout en préparant les jeunes à la vie, sans transformer chaque prof en assistante sociale, psychologue et médiateur culturel à la fois ?

Les adjudants Allamargot et Jourde, eux, au moins ils apportent une expertise. Les gamins voient que des adultes prennent leurs problèmes au sérieux. C’est bien. Mais ça ne remplace pas une vraie réflexion collective.

Pascal Robert nous renvoie à nos propres responsabilités. Avant de râler sur l’école qui ne fait pas assez, posons-nous la question : qu’est-ce que nous, parents, voisins, citoyens, on a arrêté de faire ? L’école ne peut pas être le dernier rempart contre tout. Faudrait que le reste de la société s’y remette aussi.