Sur le territoire de Monts et Barrages, en Haute-Vienne, une idée fait son chemin depuis plusieurs mois. Celle de ne plus accepter le chômage de longue durée comme une fatalité, mais d’en faire un levier pour recréer de l’activité là où elle manque. Le projet « Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée » (TZCLD), porté à l’échelle nationale par ATD Quart Monde, prend racine ici grâce à la mobilisation d’acteurs locaux bien décidés à changer la donne.
Un principe simple mais ambitieux
Le concept repose sur un postulat qui bouscule les habitudes : personne n’est inemployable, et du travail utile existe partout, à condition de savoir le repérer. Plutôt que de financer le chômage, autant financer l’emploi. Les personnes privées d’emploi depuis plus d’un an sont invitées à identifier elles-mêmes les besoins de leur territoire, puis à créer des activités qui y répondent, sans concurrencer les entreprises déjà en place.
Le PETR Monts-et-Barrages, l’association Interconsulaire de la Haute-Vienne et le Relais Infos Services ont entamé ensemble cette réflexion dès l’année précédente. Claire Lauby, chargée du déploiement de la démarche sur le territoire, insiste sur la nécessité de changer de regard. Il ne s’agit plus de considérer les demandeurs d’emploi comme des bénéficiaires passifs, mais comme des acteurs capables de définir leur propre activité professionnelle.
Une entreprise à but d’emploi au coeur du dispositif
Le mécanisme passe par la création d’une structure inédite : l’Entreprise à But d’Emploi (EBE). Cette société, financée en partie par les économies réalisées sur les allocations chômage et les minima sociaux, embauche en CDI les personnes volontaires du territoire. Les postes proposés correspondent aux besoins repérés collectivement : entretien des espaces verts, petits travaux de rénovation, recyclerie, services aux personnes âgées ou encore valorisation du patrimoine local.
L’idée n’est pas de créer des emplois artificiels. Chaque activité doit répondre à un besoin réel, identifié lors de rencontres avec les habitants, les élus, les associations et les entreprises du secteur. Le travail de terrain est considérable, car il faut cartographier à la fois les compétences disponibles et les manques du territoire.
Un territoire rural qui se prête à l’expérience
Monts et Barrages présente un profil favorable pour ce type de démarche. Ce territoire rural, situé entre Limoges et le plateau de Millevaches, connaît les difficultés classiques des campagnes françaises : vieillissement de la population, raréfaction des services, éloignement des bassins d’emploi. Le chômage de longue durée y touche des personnes souvent très éloignées du marché du travail, qui finissent par disparaître des radars des institutions.
Mais la ruralité offre aussi des atouts. Les besoins non satisfaits sont nombreux, les solidarités de proximité existent encore, et la taille humaine du territoire facilite le dialogue entre les différents acteurs. Les premières réunions publiques ont d’ailleurs montré un réel intérêt de la population pour cette approche.
Des étapes à franchir
Le chemin vers la labellisation officielle reste semé d’obstacles. Le territoire doit encore convaincre le comité national, monter le dossier de candidature et structurer la gouvernance locale du projet. Mais la dynamique est lancée. Les porteurs du projet savent que la réussite dépendra avant tout de la capacité à mobiliser les premiers volontaires et à leur donner confiance dans un dispositif qui rompt avec les logiques habituelles de l’insertion.
Sur ce bout de Limousin, on préfère parier sur l’intelligence collective plutôt que sur les dispositifs classiques. Le pari est audacieux, mais il a le mérite de remettre l’humain au centre du jeu.



