À Cussac, petite commune de Haute-Vienne nichée dans la vallée de la Tardoire, une association cultive des légumes. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf que le Comptoir Fraternel ne se contente pas de faire pousser des tomates et des courgettes. Il remet des gens au travail.
Un jardin qui pousse sur deux jambes
L’idée est simple, et elle a fait ses preuves ailleurs en France sous le label des Jardins de Cocagne : produire des paniers de légumes biologiques tout en offrant un emploi d’insertion à des personnes éloignées du marché du travail. Le Comptoir Fraternel, porté par Grégory et une poignée de bénévoles convaincus, s’inscrit dans cette lignée. L’association prépare d’ailleurs sa transformation en Jardin de Cocagne de la Tardoire, un changement de statut qui officialiserait ce qu’elle fait déjà au quotidien.
Sur les parcelles cultivées autour de Cussac, on travaille en bio. Pas par effet de mode, mais parce que la démarche d’insertion ne tient que si le produit final trouve preneur. Et les consommateurs qui s’abonnent aux paniers veulent du local, du propre, du traçable. Le bio en circuit court, ici, n’est pas un argument marketing. C’est la condition de viabilité du projet.
L’insertion par la terre
Les salariés en insertion qui travaillent au Comptoir Fraternel ne sont pas des jardiniers au départ. Certains n’ont jamais touché un outil agricole. Le maraîchage, ils l’apprennent en le pratiquant - le désherbage, le semis, la récolte, la préparation des paniers. Ce qui compte, ce n’est pas qu’ils deviennent agriculteurs. C’est qu’ils retrouvent un rythme, une discipline, un cadre. Et qu’au bout du parcours d’insertion, ils soient en mesure de postuler ailleurs avec une expérience concrète à présenter.
Le modèle des Jardins de Cocagne repose sur cet équilibre fragile : être suffisamment productif pour vendre des paniers à un prix correct, tout en gardant la dimension sociale qui justifie l’existence même de la structure. Trop productiviste, on perd l’insertion. Trop social, on perd les adhérents qui achètent les légumes.
Un projet ancré dans le territoire
Ce qui distingue le Comptoir Fraternel des grandes structures d’insertion installées dans les métropoles, c’est son ancrage rural. À Cussac, tout le monde connaît le projet. Les maraîchers en insertion croisent leurs voisins au marché, les bénévoles sont des habitants du coin, et les paniers se distribuent à quelques kilomètres des parcelles.
Cet enracinement local n’est pas un détail. Dans les communes rurales de Haute-Vienne, les structures d’insertion sont rares. Les personnes en difficulté doivent souvent faire des dizaines de kilomètres pour accéder à un dispositif d’accompagnement. Avoir un Jardin de Cocagne à Cussac, c’est rapprocher la solution du problème.
Un modèle en pleine croissance
Les Jardins de Cocagne essaiment partout en France depuis une trentaine d’années. Le réseau compte plus de cent trente structures, qui produisent des légumes bio et emploient des milliers de personnes en insertion chaque année. Le Comptoir Fraternel de Cussac rejoint ce mouvement avec ses moyens, sa taille et son énergie propre.
Pour Grégory, qui porte le projet depuis le début, la prochaine étape est d’élargir les surfaces cultivées et d’augmenter le nombre de paniers distribués. Le bouche-à-oreille fonctionne, la demande suit, et les partenaires institutionnels commencent à s’intéresser de près à ce qui se passe dans la vallée de la Tardoire.



