Un sujet que personne n’a envie d’aborder
On en parle trop peu, et c’est bien le probleme. La FNATH 87, dans le cadre de sa quatrieme semaine departementale, a organise deux reunions-debats sur les cancers d’origine professionnelle. Une a Bellac, l’autre a Saint-Yrieix-la-Perche. Dans la salle, des salaries, des retraites. Des gens qui, pour certains, n’avaient jamais fait le lien entre leur boulot et leur maladie.
C’est Murielle Raynaud Laurent, secretaire generale de la FNATH 87, qui menait les debats a Saint-Yrieix. Elle a pose des chiffres, nomme des substances. Et la, franchement, ça fait froid dans le dos.
Les poussieres de bois, le formol, le chrome…
Vous travaillez le bois depuis trente ans ? Vous avez manipule du formol en labo ? Du chrome en atelier ? Il y a des chances que ça vous concerne. Les cancers ORL – fosses nasales, ethmoide, sinus – sont directement lies a ces expositions. Les poussieres de bois, par exemple, on sait aujourd’hui que c’est cancerogene avere. Pendant des decennies, personne ne s’en souciait.
Le truc c’est que la liste des metiers touches est longue : menuisiers, metallurgistes du nickel, ouvriers de la porcelaine et de la ceramique, techniciens de chromage, gens qui bossent avec des colles et des vernis… Meme les labos d’anatomopathologie sont concernes. On parle de gens qui ont respire ces trucs huit heures par jour pendant des annees.
Dix a cinquante ans d’attente avant que le cancer se declare
C’est la le drame. Entre le moment ou vous etes expose et celui ou la maladie apparait, il peut se passer dix, vingt, parfois cinquante ans. Du coup, qui fait le rapprochement ? Presque personne. Et c’est justement la que la FNATH intervient : faire comprendre aux gens qu’il faut se poser la question. “Est-ce que mon cancer a un lien avec mon ancien travail ?”
Quand la reponse est oui, l’association accompagne dans les demarches juridiques. Reconnaissance en maladie professionnelle, evaluation du taux de sequelles, suivi du dossier. Pas simple, mais essentiel.
Trop de gens se taisent par peur
Murielle Raynaud Laurent a tape sur un clou qui fait mal : la sous-declaration. Pas mal de salaries preferent ne rien dire, de peur de perdre leur emploi. Ils renoncent a des droits reels, concrets, par crainte des represailles. C’est absurde, mais c’est la realite du terrain.
A la fin de la reunion, les echanges etaient vifs. Certains participants, visiblement touches, ont evoque leurs propres inquietudes. Le buffet prepare par les benevoles de la section locale a permis de continuer a discuter plus tranquillement, un verre a la main. Parfois, c’est dans ces moments-la que les langues se delient vraiment.



