Il y a des textes qu’on préférerait ne jamais avoir à rédiger. Le manifeste pour la liberté d’expression, signé en 2020 par tous les journaux français, c’est exactement ça. Pas parce qu’il est mauvais, au contraire. Mais parce que le simple fait qu’il existe prouve qu’on en est arrivé là. Quand toute une profession doit rappeler publiquement son droit à bosser sans se faire menacer, c’est qu’il y a un sacré problème.
Un texte qui ne fait pas dans la dentelle
L’Alliance de la presse d’information générale a relayé le manifeste, et autant dire qu’il va droit au but. Des journalistes menacés de mort sur Twitter pour un édito. Des rédactions entières mises sur des listes de cibles par des organisations terroristes. Des États étrangers qui font pression sur des reporters français parce qu’ils ont osé publier un article un peu trop critique. Voilà le tableau.
Et le pire, c’est que la violence verbale, celle des commentaires haineux et des messages anonymes, s’est transformée en violence physique. On ne parle pas de théorie, hein. On parle de noms, de visages, d’attentats qui ont tué des gens. La liberté de la presse, ce truc qu’on croyait gravé dans le marbre en France, elle est attaquée dans ses fondations mêmes. Qui aurait imaginé ça il y a vingt ans ?
Appeler un chat un chat
Le manifeste a le cran de nommer les choses. Il désigne des idéologies totalitaires nouvelles, certaines se réclamant de textes religieux. La formulation est pesée, chaque mot calibré vu la sensibilité du sujet. Mais le fond ne laisse aucune place au doute : il y a des gens qui veulent faire taire la parole libre, et ils sont prêts à tout.
Le texte va encore plus loin, et c’est là que ça devient intéressant. En défendant la liberté de blasphémer, les signataires ne défendent pas le blasphème en lui-même. Ils défendent la liberté, point. Ça paraît évident dit comme ça, mais combien de personnes font encore la différence ? La liberté d’expression, par définition, ça protège aussi ce qui dérange, ce qui choque, ce qu’on trouve nul ou de mauvais goût. Sinon, ce n’est plus de la liberté, c’est de la permission.
Un combat qui ne finit jamais
L’histoire nous apprend un truc assez flippant : à chaque fois qu’on a rogné la liberté d’expression quelque part, toutes les autres libertés ont suivi. La censure, ça ne reste jamais dans son couloir. Ça commence par interdire un dessin, ça finit par interdire de penser. Toujours le même engrenage.
Du coup, ce manifeste n’est pas juste un geste corporatiste pour rassurer les journalistes entre eux. C’est un rappel pour tout le monde. « La liberté d’expression est le phare de la démocratie », dit le texte. Quand ce phare vacille, c’est nous tous qui naviguons à l’aveugle.
Parce que défendre la presse, au fond, ce n’est pas défendre les journalistes. C’est défendre votre droit à vous, citoyen lambda, d’être informé, de vous faire votre propre avis, de gueuler quand le pouvoir dérape. Ce droit-là, on ne marchande pas dessus.



