La Cité du Cuir ouvrirait à l'été 2024 à Saint-Junien

La Cité du Cuir ouvrirait à l'été 2024 à Saint-Junien

Sept millions d’euros. Pour une ville de moins de 12 000 habitants, c’est pas rien. Mais à Saint-Junien, quand on parle de cuir, on ne plaisante pas. La Cité du Cuir, dont l’ouverture est visée pour l’été 2024, promet de réunir sous un même toit l’histoire de la ganterie limousine, des artisans au travail et un vrai espace muséographique. Pas un truc poussiéreux avec des vitrines et des panneaux. Un lieu vivant.

Saint-Junien sent le cuir depuis le Moyen Âge

Pourquoi ici et pas ailleurs ? Parce que cette ville est née avec le cuir, tout simplement. Dès le Moyen Âge, la qualité de l’eau de la Vienne - parfaite pour le tannage - a attiré les premiers artisans. Au XIXe siècle, la ganterie a explosé. Des dizaines de manufactures, des centaines d’ouvriers et d’ouvrières qui coupaient, cousaient, assemblaient des gants expédiés dans toute l’Europe.

Joubert, Dumas, Agnelle… Ces noms-là, les anciens les connaissent encore par coeur. Certaines maisons ont coulé, d’autres ont été rachetées. Mais le geste, lui, n’a pas disparu. La preuve : Hermès maintient toujours un atelier de ganterie de luxe en plein Saint-Junien. Combien de villes en France peuvent dire ça ? Quasiment aucune.

Pas un musée, un atelier qu’on visite

Le truc qui distingue ce projet des musées classiques, c’est qu’on ne va pas juste regarder des objets derrière une vitre. On pourra voir un tanneur bosser ses peaux, suivre la fabrication d’un gant du début à la fin - la coupe, l’assemblage, la couture - et comprendre comment un savoir-faire artisanal a survécu cinq siècles pour atterrir dans les boutiques de luxe de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Et puis il y aura toute la dimension sociale. Les conditions de travail dans les manufactures d’époque, le rôle central des femmes - c’étaient elles qui cousaient, pour l’essentiel -, les grèves, les crises. Parce que derrière chaque paire de gants en chevreau, il y a des vies entières. Des familles. Parfois des drames, aussi.

Hermès joue le jeu

Que la maison Hermès s’implique dans le projet, ça change tout. Un espace de production sera intégré à la Cité : des artisans en chair et en os, en train de couper du cuir et de coudre des pièces de maroquinerie sous les yeux des visiteurs. C’est pas du folklore, c’est du vrai boulot.

Pour Hermès, l’intérêt est clair : montrer le geste, rendre le métier visible, donner envie aux jeunes du coin de se lancer dans l’artisanat du cuir. La maison a ouvert pas mal d’ateliers en zone rurale ces dernières années, et elle assume cette stratégie d’ancrage territorial. Tant mieux pour Saint-Junien.

Retombées attendues : hôtels, restos, commerces

Les porteurs du projet misent sur plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Si ça marche - et tout le monde croise les doigts -, les retombées pour le centre-ville seraient considérables. Hôtels, restaurants, boutiques : tout le monde en profiterait.

Le montage financier mêle collectivités locales, Région, État et fonds européens. Du lourd. Mais ici, personne ne considère que c’est un pari fou. À Saint-Junien, le cuir c’est pas un souvenir qu’on range dans un tiroir. C’est un métier, une fierté, et bientôt une vraie destination touristique.