Un millier d’habitants, des collines partout, et pas l’ombre d’un Leclerc à moins de vingt minutes. Sur le papier, La Croisille-sur-Briance a tout pour devenir un de ces villages fantômes dont la presse raffole. Sauf que non. Ici, la foire marche, l’école tient, la boulangerie fait son pain tous les matins. Comment ils font ? Bonne question.
La foire, et c’est pas juste quatre stands sous un barnum
Sérieusement, la foire de La Croisille, c’est un événement. Les éleveurs du coin débarquent avec leurs bêtes, les producteurs de fromage étalent leurs tommes, le vendeur d’outils qui sillonne toutes les foires du département est là aussi. On croise le voisin qu’on n’a pas vu depuis Noël, on prend un café au comptoir, on achète trois kilos de pommes et un sécateur.
Et le plus fort ? Ces dernières années, les organisateurs ont réussi à rajeunir le truc sans le dénaturer. Des animations pour les gamins, quelques stands bio et artisans d’art, mais toujours ce fond agricole qui fait l’ADN du rendez-vous. Résultat : la fréquentation tient, voire augmente. Alors que partout autour, les foires rurales meurent à petit feu.
L’école : chaque rentrée, on retient son souffle
Garder une école ouverte dans un village de cette taille, c’est un sport de combat. Chaque année en juin, la même angoisse : est-ce qu’on aura assez d’élèves en septembre ? Est-ce que l’inspection va nous fermer une classe ? Les parents se mobilisent, le maire téléphone, on refait les comptes, on ratisse dans les communes voisines.
À La Croisille, la combine fonctionne : un regroupement pédagogique avec les villages d’à côté permet de mutualiser les effectifs. Les instits connaissent chaque gamin par son prénom, les parents passent discuter à la sortie. C’est cette pédagogie de proximité que les écoles de ville fantasment un peu, pour être honnête.
La boulangerie, le bar-tabac : pas juste des commerces
Quand la boulangerie ferme dans un village, c’est pas juste le pain qui disparaît. C’est le dernier endroit où Madeleine, 84 ans, voyait du monde le matin. C’est le point de ralliement, la boîte aux lettres informelle, le thermomètre social du bourg.
La mairie l’a bien compris. Du coup, elle a racheté des murs commerciaux pour les louer à prix doux aux repreneurs. Pas mal de communes rurales font pareil maintenant, parce que laisser faire le marché tout seul, ça veut dire laisser mourir. Le bar-tabac tient, l’épicerie aussi. C’est pas le Bon Marché, mais c’est vital.
Les assos, le vrai ciment de l’affaire
Derrière tout ça, y’a des bénévoles. Le club de foot, le comité des fêtes, le club des aînés, la bibliothèque - des gens qui donnent des heures sans compter pour que le village reste vivant. Qui organisent le loto de décembre, la rando de mai, le repas de quartier en août.
À La Croisille, personne n’attend que la solution tombe de la préfecture. Les gens se bougent, point final. Et c’est peut-être ça, au fond, le vrai secret.



