Trois cents personnes devant une gare, un mardi d’octobre. Pas pour prendre le train - il n’y en a plus. Pour demander qu’il revienne. La scène se passe à Saint-Junien, en Haute-Vienne, et la ligne en question, c’est la Limoges – Angoulême, coupée au niveau de Saillat-sur-Vienne depuis plus de deux ans au moment du rassemblement.
Une mobilisation qui dépasse les frontières départementales
C’est le maire de Saint-Junien qui a pris la parole en premier. Son message tenait en une phrase : on a fait tout ce qu’on nous a demandé, maintenant on attend des actes. Les élus locaux avaient organisé les réunions réclamées par l’État, mis tout le monde autour de la table, trouvé des accords entre collectivités. La réponse ? De nouvelles études. Encore.
L’agacement se lisait sur les visages, côté haut-viennois comme côté charentais. Philippe Bouty, président de la communauté de communes Charente-Limousine, ne cachait pas son inquiétude. Il était déjà là un an plus tôt, quand des élus étaient venus retirer le heurtoir que la SNCF avait posé sur la voie pour la condamner physiquement. Depuis, rien n’avait bougé. Les rails rouillaient, l’infrastructure se dégradait, et les poids lourds avaient pris le relais sur la route entre les deux préfectures.
Le spectre d’un enterrement discret
Ce qui inquiétait les participants, c’était moins le silence que la méthode. Le gouvernement avait annoncé des enveloppes pour relancer le ferroviaire, mais sans flécher les lignes concernées. Résultat : les territoires se retrouvaient en compétition les uns contre les autres pour décrocher des financements. Une mise en concurrence qui ne disait pas son nom, et dans laquelle les petites lignes rurales partaient avec un sérieux handicap.
Élyane Croci, secrétaire locale du PCF et cheville ouvrière du comité de défense de la ligne, réclamait des engagements clairs du ministre délégué aux transports. Pas des promesses, pas des groupes de travail, pas des études supplémentaires - des financements actés et un calendrier.
Un enjeu qui va bien au-delà du train
Derrière la ligne Limoges – Angoulême, c’est toute la question de la mobilité en milieu rural qui se posait. Sans train, les habitants sont captifs de la voiture. Les jeunes sans permis, les personnes âgées, les ménages modestes qui n’ont pas les moyens d’entretenir un second véhicule : pour eux, la fermeture d’une ligne ferroviaire n’est pas un sujet technique. C’est un mur.
Les élus le disaient tous, chacun à leur manière : sans mobilité, le territoire meurt. Les entreprises hésitent à s’installer, les familles partent, les services publics se replient. La ligne Limoges – Angoulême n’est pas un dossier isolé. Elle illustre un choix politique qui concerne des dizaines de lignes secondaires en France, ces lignes que l’on ferme provisoirement avant de constater, quelques années plus tard, qu’il serait trop coûteux de les rouvrir.
Le rassemblement s’est achevé avec la promesse d’obtenir un rendez-vous rapide avec le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset. En attendant, les rails continuaient de rouiller à Saillat-sur-Vienne.



