Eymoutiers teste le compost citadin... et citoyen

Eymoutiers teste le compost citadin... et citoyen

Pendant que les grandes villes en étaient encore à discuter de plans de réduction des déchets, Eymoutiers a foncé. En novembre 2011, à l’occasion de la semaine européenne de réduction des déchets, cette petite ville de Haute-Vienne a mis en place un système de compostage collectif en plein centre-bourg. Personne n’avait encore tenté le coup en Limousin.

Une alliance entre le Syded et le monde associatif

L’idée est venue d’un rapprochement entre le Syded – le syndicat départemental chargé des déchets en Haute-Vienne, actif depuis 1997 – et l’association Le Monde Allant Vers, la ressourcerie locale d’Eymoutiers. Les deux se connaissaient déjà, et chacun apportait quelque chose : le Syded, ses moyens et son réseau ; l’association, son ancrage auprès des habitants et sa fibre écolo.

Ensemble, les deux structures ont porté un projet original : installer des sites de compostage collectif accessibles à tous les habitants du centre-ville. Si des dispositifs similaires existaient déjà dans des métropoles comme Toulouse, Rennes ou Brest, aucune ville du Limousin ne s’était encore lancée dans l’aventure.

Quatre sites au cœur de la ville

On a installé les composteurs à quatre endroits dans la ville : au champ de foire, près du collège, rue de la République et devant la boutique du Monde Allant Vers, avenue Foch. Chaque point de collecte est prévu pour une dizaine de foyers, pas davantage – l’idée étant de rester à taille humaine.

Le fonctionnement est simple. Les volontaires remplissent une fiche d’engagement et reçoivent en échange un bio-seau destiné à faciliter le tri au quotidien. Les matières organiques collectées – épluchures, restes végétaux, marc de café – sont déposées dans les composteurs. Le compost produit est ensuite redistribué aux participants qui en ont l’usage.

Les composteurs eux-mêmes témoignent de la philosophie du projet : ils sont fabriqués à partir de palettes recyclées, financés par le Syded. Chaque détail de l’opération reflète une démarche cohérente de réduction de l’empreinte environnementale.

Le tiers de nos poubelles est organique

L’initiative répond à un constat que beaucoup ignorent : près d’un tiers du contenu de nos poubelles est constitué de matière organique biodégradable. Des déchets qui, au lieu d’être enfouis ou incinérés, peuvent être transformés en un amendement naturel pour les sols. Même ceux qui ne disposent pas d’un jardin peuvent contribuer à cet effort collectif.

Véronique Lucain, chargée de prévention des déchets au Syded, replaçait l’opération dans un cadre plus large : le contrat passé avec l’Ademe prévoyait une réduction de 7 % des déchets sur le territoire. Le partenariat avec Le Monde Allant Vers constituait l’un des leviers pour atteindre cet objectif. “On ne pourra jamais porter toutes les actions, mais on soutient celles qui naissent, matériellement ou en apportant nos connaissances et notre réseau”, expliquait-elle.

Une association aux multiples facettes

Le Monde Allant Vers ne s’est pas contenté du compostage. Quelques semaines avant le lancement de l’opération, l’association avait donné les premiers coups de bêche pour créer un jardin collectif, espace convivial et pédagogique destiné aux habitants. Des composteurs y ont également été installés.

Depuis sa création, la ressourcerie pelaude collecte les encombrants, répare et revalorise les objets réutilisables dans ses locaux du hameau des Maisons Vertes et dans sa boutique du centre-ville. L’équipe, composée de bénévoles et de six salariés, organise aussi des opérations de sensibilisation pour les jeunes et les adultes. La diversité de ses activités traduit une volonté assumée de polyvalence et d’évolution permanente.

Une semaine de mobilisation en Haute-Vienne

L’inauguration du compostage collectif s’inscrivait dans une semaine européenne de réduction des déchets particulièrement riche en Haute-Vienne. Le Syded avait programmé des projections de films dans les cinémas du Dorat, de Saint-Yrieix-la-Perche et de Châteauneuf, avec une formule originale : les vingt premières personnes rapportant un petit appareil électrique ou électronique usagé se voyaient offrir leur place. Des installations de composteurs rotatifs et de lombricomposteurs étaient prévues dans une école du Dorat, tandis qu’un concours de cuisine pauvre en déchets devait se tenir au lycée de Saint-Yrieix-la-Perche.

Autant d’initiatives qui témoignaient d’une prise de conscience grandissante sur le territoire haut-viennois. À Eymoutiers, le compostage collectif a ouvert la voie à une nouvelle manière de gérer les déchets, plus locale, plus solidaire, et résolument citoyenne. Une démarche qui s’inscrit dans la transition énergétique limousine, où chaque initiative locale compte.