Première rencontre avec un homme de l'espace

Première rencontre avec un homme de l'espace

Un spationaute au collège Langevin

Cinquante-trois questions. Les gamins du club ARISS au collège Langevin avaient tout prévu, tout noté sur leurs feuilles : la vie là-haut, les nuits en apesanteur, ce que ça fait d’être enfermé dans un truc qui file à 28 000 km/h au-dessus de nos têtes. Pas question de bâcler la rencontre. En face d’eux, Léopold Eyharts. Pas un acteur, pas un conférencier lambda - un vrai spationaute, celui qui a vécu plusieurs semaines dans la Station spatiale internationale en 2008 pour le compte de l’ESA.

Vingt gamins alignés ce mardi 12 février, intimidés mais curieux, devant quelqu’un qui a contemplé la planète bleue à 400 kilomètres d’altitude. Leur prof Gérard Halimi, moteur du projet dans l’établissement, avait veillé à ce qu’ils soient prêts.

Cinquante-trois questions sur l’infini

ARISS - “Amateur Radio on the International Space Station” - c’est un programme un peu fou : permettre à des classes de collège ou lycée de parler en direct, par radio, avec les astronautes en orbite. Le collège Langevin prépare cette liaison pour la fin de l’année scolaire. Sauf qu’avant de causer avec l’espace par ondes interposées, les élèves voulaient serrer la main de quelqu’un qui y avait mis les pieds.

Alors les questions ont fusé, toutes ces interrogations que les élèves ruminaient depuis des mois. Comment on dort là-haut ? Eyharts a répondu sans chichis, comme un gars qui parle d’expérience : “On dort moins que sur Terre, parce qu’on a moins d’activité physique. On a besoin de moins de sommeil.” Pas de grand discours, pas de cinéma. Les collégiens buvaient ses paroles.

Ils voulaient aussi savoir comment on mange, comment on se lave, comment on supporte d’être coupé de sa famille pendant des semaines. Des questions toutes simples, mais qui collent à la réalité d’une mission spatiale bien mieux que les bandes-annonces hollywoodiennes.

Un parcours qui force le respect

Eyharts, avant d’aller dans l’espace, était pilote d’essai. Le genre de CV qui ne laisse pas indifférent. Il a rejoint le corps des spationautes français, puis l’ESA. En 2008, il s’est envolé vers l’ISS pour y mener toute une série d’expériences : physique des fluides, biologie, médecine spatiale. Du lourd.

Devant les collégiens, il a trouvé le ton juste – ni condescendant, ni trop technique. Le projet ARISS, au fond, c’est exactement ça : donner aux jeunes l’envie de creuser, leur montrer que l’espace, ce n’est pas qu’un truc pour les superhéros.

Une conférence publique le soir même

La journée ne s’est pas limitée à la rencontre avec les élèves. Le soir même, Léopold Eyharts a donné une conférence publique au Ciné-Bourse, ouverte à tous. L’occasion pour les habitants de la ville de découvrir, eux aussi, le récit de cet homme qui a contemplé notre planète depuis l’orbite terrestre.

Prochaine étape : un contact radio avec l’ISS

Pour les élèves du club ARISS, cette rencontre constituait une étape décisive dans un projet de longue haleine. L’objectif final reste en effet d’établir un contact par liaison radio avec les résidents de la Station spatiale internationale. Un rendez-vous prévu pour la fin de l’année scolaire, qui couronnera des mois de travail, de préparation technique et de découverte scientifique.

Gérard Halimi, l’enseignant qui porte ce projet avec conviction, sait que cette expérience marquera durablement ses élèves. Rencontrer un homme qui a marché dans le ciel, c’est déjà extraordinaire. Lui parler en direct depuis l’espace, ce sera inoubliable.