Chez Nade, on vieillit en famille
Il est bientôt quatre heures de l’après-midi à Cognac-la-Forêt. Nade Lamaud va chercher chacune de ses pensionnaires dans leurs chambres respectives pour prendre le café ensemble. La fille de l’une d’entre elles passe dire bonjour. Les deux chiens de la maison font la fête à la visiteuse. Le tableau ressemble à s’y méprendre à une scène de vie familiale ordinaire. Et c’est précisément le principe.
Depuis vingt et un ans, Nade Lamaud exerce un métier que peu de gens connaissent : elle est famille d’accueil pour personnes âgées. Installée depuis deux ans aux Monts, à Cognac-la-Forêt, en Haute-Vienne, elle héberge actuellement trois dames âgées dans sa propre maison. En deux décennies de carrière, elle a accueilli environ quatre-vingt-dix personnes. Dans son salon, un panneau mural tout entier est recouvert de leurs photos.
Une vocation née dans l’enfance
Pour Nade, cette voie était tracée depuis longtemps. “Quand j’étais petite, j’aimais les personnes âgées. À mes parents, je disais : plus tard, j’aiderai les personnes âgées. J’aimais discuter avec elles, rendre service, porter les courses.” Mariée jeune, mère de trois filles, elle reprend à trente ans des études paramédicales, obtient un diplôme d’auxiliaire de vie, travaille en cure médicalisée puis en hôpital.
En 1989, la loi encadrant l’accueil de personnes âgées par des particuliers est votée. Dès 1990, le métier se professionnalise. Nade saisit l’opportunité, obtient son agrément auprès du Conseil général et crée sa petite structure, “Le Soleil des aînés”, d’abord à Bourganeuf en Creuse, puis à Oradour-sur-Glane, avant de s’installer à Cognac-la-Forêt.
Un contexte familial, pas une institution
La particularité de l’accueil familial tient dans son cadre : les personnes âgées partagent le quotidien de la famille. “C’est vraiment un contexte familial : il y a les animaux, le couple, les enfants, les petits-enfants. On fête les anniversaires ensemble”, explique Nade. Les repas sont pris en commun, les sorties organisées régulièrement. “J’ai investi dans un véhicule. Très souvent, j’emmène mes trois filles – on part se promener, on va au restaurant.”
Mais cette promiscuité choisie exige un équilibre délicat. “Il faut du respect mutuel. Chacun a droit à son jardin secret”, précise Nade. Car il ne s’agit pas seulement d’un métier, mais d’un choix de vie : “C’est du 24 heures sur 24, 365 jours par an.” L’une de ses propres filles a d’ailleurs choisi la même voie.
Des pensionnaires qui ont du caractère
Gaby Lagarde, 96 ans, habite à deux pas de sa maison d’origine. Hormis un bref séjour en maison de retraite, elle aura toujours vécu aux Monts. Un jour qu’on la taquinait sur son goût pour les grasses matinées, elle a répondu : “Quand vous vous serez levé aussi souvent que moi, vous pourrez vous lever à l’heure qu’il vous plaît.” Marie-Hélène Lacroix, la plus ancienne pensionnaire, a suivi Nade depuis Oradour-sur-Glane. “On est un vieux couple”, disent-elles en riant. Au rez-de-chaussée, Germaine Devallois, 99 ans, a préféré la famille d’accueil à la maison de retraite. “Chez moi, je m’ennuyais”, confie-t-elle.
Une solution méconnue mais précieuse
L’accueil familial se situe entre le maintien à domicile et la maison de retraite. Le coût mensuel varie selon le degré de dépendance – environ 1 900 euros pour un GIR 1, dont une large part est couverte par les allocations. Le reste à charge ne dépasse généralement pas 800 euros, selon Nade.
Pourtant, cette formule reste trop peu connue. Nade, présidente de l’association Familles d’accueil personnes âgées 87, constate que la Haute-Vienne ne compte que 25 familles d’accueil, contre 228 en Dordogne et 51 en Creuse. “Quand un particulier est confronté au placement d’un proche, on lui parle rarement des familles d’accueil”, regrette-t-elle. Son combat : faire connaître cette alternative humaine auprès des hôpitaux, des cliniques et des familles. “Il faut expliquer ce que c’est, que ça peut être une alternative.” Une alternative où l’on vieillit entouré, chez quelqu’un, plutôt que seul ou anonyme.



