La cache de Georges Guingouin réhabilitée

La cache de Georges Guingouin réhabilitée

En mars 1943, cinq hommes s’enfoncent dans les bois du Mont-Gargan, en Limousin. Parmi eux, Georges Guingouin et Pierre Magadoux. Avec deux pelles et deux pioches pour tout matériel, ils mettent cinq jours à bâtir une cache souterraine. À l’intérieur, une table, un banc, une étagère et un feu. De cette planque rudimentaire va naître l’une des pages les plus marquantes de la Résistance intérieure française.

Pierre Magadoux, compagnon de maquis de Guingouin, racontait au Nouvelliste en juin 2010 les conditions de cette construction. Son récit, sans fioritures, donnait à voir des hommes portés par une volonté farouche, que ni le froid ni le danger ne faisaient reculer. Nul alors ne pouvait deviner la suite.

Le préfet du maquis

Car Georges Guingouin allait devenir bien plus qu’un simple résistant. On le surnommera “le préfet du maquis”. Il finira par commander pres de 8 000 hommes en armes. Face a eux, la brigade du general von Jesser : 500 vehicules, des renforts considerables. L’affrontement qui eut lieu au Mont-Gargan demeure l’un des tres rares combats ranges oppposant maquisards et armee reguliere allemande en France.

Le bilan fut lourd des deux côtés. Les maquisards perdirent 97 hommes : 38 tués, 5 disparus et 54 blessés. Du côté allemand, on compta 342 tués ou blessés. Un rapport de forces qui témoigne du courage et de l’organisation des résistants limousins, capables de tenir tête à une armée régulière dans un combat frontal.

Un lieu de mémoire réhabilité

Cette cache de 1943, d’ou tout a commence, a ete restauree. Le trou creuse en urgence par cinq fugitifs est aujourd’hui un site de memoire que l’on peut visiter. Ceux qui s’y rendent prennent la mesure, sur place, de ce qu’endurait le quotidien de ces clandestins.

Tout ce secteur du Mont-Gargan porte encore la marque de la Resistance. Ses forets epaisses, ses ravins, ses chemins tortueux en faisaient un terrain ideal pour les embuscades. Les maquisards y avaient a la fois un abri et un poste d’observation d’ou ils preparaient leurs coups de main.

La mémoire des témoins

Ce que Pierre Magadoux a confie au Nouvelliste compte parmi les tout derniers temoignages directs sur la construction de cette planque. Les hommes qui ont vecu cette epoque disparaissent un a un. Garder la trace de leurs paroles, c’est empecher que s’efface le souvenir d’un engagement qui a profondement marque le Limousin.

La réhabilitation de la cache de Guingouin participe de ce devoir de mémoire. Le destin hors norme de ce résistant, de l’École normale de Limoges aux geôles de la République, mériterait à lui seul un chapitre dans les manuels scolaires. Car la Resistance, on l’oublie trop souvent, ne s’est pas jouee qu’a Paris ou dans les grandes villes. Ici, dans les campagnes limousines, des paysans, des ouvriers, des instituteurs ont fait des collines et des bois leurs forteresses.

Venir ici, c’est toucher l’histoire du doigt. Pas besoin de vitrine ni de ceremonie : la cache du Mont-Gargan se suffit a elle-meme. Quelques metres carres sous terre, et pourtant un morceau d’histoire de France.