Châteauneuf, oui, Château-dix, non

Châteauneuf, oui, Château-dix, non

Tout le monde ou presque s’apprêtait à trinquer au passage en 2010. Pas la Fonacon. Le 31 décembre 2009, cette association de joyeux trublions a convoqué ses troupes à Châteauneuf-la-Forêt, en Haute-Vienne, pour un rassemblement dont le but affiché – empêcher l’arrivée de la nouvelle année – frisait le grandiose dans l’absurde. Le titre de l’événement tenait en un jeu de mots irrésistible : Châteauneuf, oui, Château-dix, non.

La Fonacon, spécialiste de la résistance festive

La Fonacon – dont le nom seul annonce déjà la couleur – est une association rompue aux happenings décalés. Son credo : utiliser l’humour et le détournement pour créer du lien social et bousculer les habitudes. Le passage à l’an 2010 lui a offert une occasion en or, tant le jeu de mots avec le nom de la commune tombait sous le sens.

Le principe était limpide. Puisque la commune s’appelle Châteauneuf, pourquoi accepterait-elle de devenir, ne serait-ce que symboliquement, un “Château-dix” ? L’association a donc appelé à la mobilisation pour un rassemblement de refus, organisé avec le sourire et sans la moindre prétention de modifier le cours du temps.

La salle des fêtes ouverte pour la cause

Le maire, bon joueur, a prêté la salle des fêtes. Le soir du réveillon, les anti-2010 s’y sont retrouvés pour fêter bruyamment une année 2009 qu’ils n’avaient aucune intention de laisser filer.

Mais attention : l’affaire dépassait le simple canular de village. La Fonacon avait prévu des rassemblements du même genre dans plusieurs villes de France, en ciblant de préférence celles qui possèdent une statue de la Liberté. Châteauneuf-la-Forêt en a justement une, plantée là au lendemain de la Grande Guerre – ce qui tombait plutôt bien pour les organisateurs.

Un événement médiatisé jusque dans la presse locale

La presse s’en est emparée – à commencer par Le Nouvelliste, qui a couvert l’événement avec le sérieux pince-sans-rire que la situation méritait. Les organisateurs n’en revenaient pas et n’ont pas tardé à s’en vanter : “Toute la presse en parle, même Le Nouvelliste”, pouvait-on lire sur leurs affiches, avec la page du journal fièrement reproduite.

Sur internet, des blogs ont relayé la chose, et le petit rassemblement castelneuvois a fini par dépasser allègrement les frontières du département. L’humour, déclinable à l’infini, a fait le reste.

Châteauneuf-la-Forêt, un village qui ne manque pas de caractère

Au-delà de l’anecdote, l’événement en dit long sur la vitalité du tissu associatif en milieu rural. Châteauneuf-la-Forêt, bourg du sud de la Haute-Vienne situé entre Limoges et Eymoutiers, est une commune où la vie locale reste riche et inventive. Sa statue de la Liberté, rare dans un village de cette taille, témoigne déjà d’un esprit d’indépendance et d’un goût pour le symbole qui ne datent pas d’hier.

La Fonacon a su exploiter cette particularité avec talent, transformant un simple jeu de mots en un moment de convivialité partagée. Car derrière l’absurdité revendiquée de la démarche, c’est bien la capacité d’une communauté à se rassembler autour d’un prétexte ludique qui s’est exprimée ce soir-là.

L’année 2010 est quand même arrivée

Malgré les efforts des militants anti-2010, le calendrier a poursuivi son cours. L’année 2010 s’est bel et bien imposée à Châteauneuf-la-Forêt comme partout ailleurs. Mais les participants ont eu le mérite de prouver qu’on pouvait accueillir la nouvelle année avec autre chose que du champagne et des confettis : une bonne dose d’esprit et un sens de la dérision que n’aurait pas renié la Liberté elle-même, du haut de son socle châteauneuvois.