Cantonales : Jean Riffaud candidat à Saint-Laurent-sur-Gorre

Cantonales : Jean Riffaud candidat à Saint-Laurent-sur-Gorre

Mars 2011 approchait et, comme à chaque scrutin cantonal, le canton de Saint-Laurent-sur-Gorre s’est réveillé politiquement. Jean Riffaud a jeté son chapeau dans l’arène, avec l’étiquette UMP en poche - un choix qui ne passait pas inaperçu dans ce morceau de Haute-Vienne où les élections locales comptent autant qu’un match de rugby un dimanche après-midi. Ce rendez-vous électoral allait cristalliser les débats sur l’avenir du canton et sur les rapports entre étiquettes partisanes et réalités du terrain.

Un canton rural en quête de représentant

Saint-Laurent-sur-Gorre, c’est le sud-ouest de la Haute-Vienne, un pays de prés et de bourgs tranquilles. Quelques communes, des populations qui se comptent en centaines plutôt qu’en milliers, et les mêmes soucis qu’ailleurs dans le Limousin rural : la Poste qui menace de fermer, le médecin qui part à la retraite sans successeur, les routes départementales défoncées, les jeunes qui filent vers Limoges.

Le poste de conseiller général y revêtait une importance stratégique. C’était l’élu qu’on croisait au marché, qu’on interpellait sur le parking de la mairie à propos d’un nid-de-poule ou d’une subvention pour la salle des fêtes. Routes, collèges, aide sociale : tout passait par lui. Dans un canton comme celui-là, perdre son conseiller général, c’était perdre son relais direct avec le département.

La candidature de Jean Riffaud

En se déclarant candidat, Jean Riffaud affichait sa volonté de porter les préoccupations du canton au sein de l’assemblée départementale. Avec l’UMP derrière lui, Riffaud se retrouvait dans le camp de Nicolas Sarkozy - pas exactement un atout dans un département qui votait à gauche depuis des lustres.

D’ailleurs, cette couleur politique a fait jaser dans le canton, et pas qu’un peu. Certains observateurs locaux, notamment les animateurs du blog des citoyens de la vallée de la Gorre, ont relevé que le candidat semblait minimiser cette affiliation dans sa communication de terrain. Sa profession de foi le présentait davantage comme un homme de consensus, proche des réalités locales, plutôt que comme le représentant d’un parti national.

Les enjeux du scrutin

Il faut se souvenir du contexte de l’époque. En 2011, on était à mi-mandat Sarkozy, et chaque scrutin local était décortiqué par les commentateurs parisiens comme un thermomètre de la popularité du président. En Haute-Vienne, département de tradition socialiste, chaque canton conquis ou conservé par la droite constituait un événement politique notable.

Mais à Saint-Laurent-sur-Gorre, franchement, la politique nationale passait au second plan. Ce que les gens voulaient savoir, c’était si le candidat allait se battre pour garder l’école ouverte, faire reboucher les trous sur la D 67, trouver un remplaçant au docteur Machin qui partait à la retraite, et obtenir un coup de pouce pour les éleveurs qui ne savaient plus à quel prix vendre leurs bêtes.

Un territoire entre tradition et mutation

Le canton de Saint-Laurent-sur-Gorre illustrait, au moment de ce scrutin, les tensions qui traversaient de nombreux territoires ruraux français. D’un côté, les gens tenaient à leurs repères - la commune, le canton, le marché du jeudi, le comité des fêtes. De l’autre, la grande machine administrative commençait à broyer le paysage : on parlait déjà de fusionner les cantons, les services publics migraient vers Limoges, et les néo-ruraux qui arrivaient dans le coin pour le cadre de vie se retrouvaient à quarante minutes de leur boulot.

La candidature de Riffaud dépassait donc le simple enjeu local. Elle renvoyait à une question que se posaient - et se posent encore - bien des campagnes françaises : est-ce qu’un élu de canton pèse encore quelque chose face aux décisions prises à Limoges, à Paris, à Bruxelles ?

L’héritage des cantonales

On ne le savait pas encore, mais ces cantonales de 2011 seraient les dernières du genre. La réforme territoriale de 2014 a balayé les conseillers généraux pour les remplacer par des binômes paritaires de conseillers départementaux, élus sur des cantons deux ou trois fois plus grands. Le canton de Saint-Laurent-sur-Gorre tel qu’on le connaissait a tout simplement cessé d’exister, avalé par un découpage XXL.

Pour ceux qui l’ont vécu, ce scrutin reste un souvenir un peu nostalgique : l’époque où l’on pouvait serrer la main de son candidat à la boulangerie et lui dire en face ce qu’on pensait de l’état du fossé devant chez soi. Une démocratie à taille humaine, disparue depuis.