Quand industriels et agriculteurs travaillent ensemble pour un meilleur sol

Publié le 22 septembre 2016 | Une

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Au départ, il y a, en 1996, la volonté de l’industriel International Paper, sur son site de Saillat-sur-Vienne (87), de valoriser les cendres issues de sa chaudière à écorce.

Après une première étape de rapprochement avec le monde agricole au travers de la mise en place d’un partenariat avec les Chambres d’Agriculture de Haute-Vienne (87) et Charente (16) des études sont engagées sur l’intérêt agronomique des cendres. Des essais pleins champs sont ainsi réalisés à la fois sur les parcelles en prairies et les différentes cultures par les Chambre d’Agricultures sur des exploitations pilotes intéressées par la démarche. Il s’agit ici de préciser le pouvoir amendant des cendres.

«Très rapidement, ce sont les agriculteurs qui ont été mobilisés dans une association qui en regroupe maintenant une centaine sur les deux départements», se souvient Yann Quéméner de Cendrecor, «et en 2001, après l’étude d’écotoxicité réalisée par l’INERIS qui a permis de conclure à l’innocuité des cendres et à leur intérêt agronomique, on commençait les premiers épandages de cendre sur les terres agricoles».

En quelques années, l’action de Cendrecor est exemplaire, autant que son organisation puisque 50% des voix au sein du bureau de l’association sont issues du milieu agricole (25% agriculteurs et 25% chambres d’agriculture en plus de la présidence). «La volonté d’International Paper était de laisser les agriculteurs décider. Cette action aurait pu n’être qu’une façade de gestion des déchets comme le font beaucoup d’autres sociétés mais avec l’implication des agriculteurs c’est une véritable dynamique qui s’est mise en place. Le partenariat est au centre des décisions avec un objectif vert mais aussi économique».

Yann Quéméner.

Yann Quéméner.

Recourir aux cendres (et aux carbonates) pour l’épandage permet, en effet, d’amender le sol dans des conditions idéales mais il ne faut pas ignorer l’intérêt économique pour les adhérents. Aujourd’hui, les apports de cendres se traduisent par des conditions de production optimales d’un point de vue calcique : les pH sont remontés en moyenne de 1.5 point. L’incidence de ces pratiques est très nette sur les rendements en céréales et sur la richesse des prairies (évolution de la flore avec pousse spontanée de trèfle – valorisation des prairies naturelles). En l’espace d’une dizaine d’années, les adhérents de Cendrecor se sont réappropriés, dans une réelle dynamique collective, la question du potentiel agronomique, plaçant «l’approche sol» au coeur de leurs pratiques.

C’est cette dynamique qui rend le groupe d’adhérents de Cendrecor remarquable. Chargé d’animer ce réseau, Yann Quéméner s’avoue lui-même surpris à chaque réunion ou manifestation où le nombre d’agriculteurs participants et impressionnant et montre une volonté de participer à un développement agrologique du territoire qui donne une image très positive de celui-ci. L’enfouissement des déchets des chaudières de Saillat n’aurait pas, en effet, eu les mêmes retombées… En valorisant ces déchets, les agriculteurs participent à cette image tout en profitant d’un «petit coin de ciel bleu dans leur paysage qui souffre beaucoup depuis quelques années. L’agroécologie permet d’avancer sur trois domaines de performances : économique, environnementale et sociétale» pour Yann Quéméner. «Les actions engagées par de Cendrecor Agro Ecologie doivent aboutir à une réduction significative de l’impact des systèmes d’exploitation sur l’environnement et contribuer au développement socio-économique du territoire. Le projet intègre une démarche d’approche globale des exploitations avec des changements en profondeur notamment sur la partie système productions végétales, visant des points de vue agronomique et environnemental».

L’agronomie intelligente permet la biodiversité

Au sein des exploitations adhérentes, on peut désormais nourrir son bétail grâce à la production de protéines ce qu’on ne faisait pas beaucoup sur nos terres. Viser l’autonomie alimentaire est envisageable en revoyant un peu sa façon de travailler. «On a vu arriver de nouvelles cultures qui n’étaient pas présentes avant comme la luzerne qui ne peut pousser que sur un sol sain au PH basique (d’où l’intérêt de l’amendement aux cendres). C’est la preuve que l’agronomie intelligente permet la biodiversité».

Comme les agriculteurs sont mobilisés autour de Cendrecor, il aurait été dommage d’en rester au bénéfice qu’ils pouvaient en tirer sans en faire profiter les autres et l’environnement et c’est ainsi que d’autres actions ont été développées comme la production de pommes de terre (objectif : entre 10 et 12 tonnes par an) pour la Banque Alimentaire comme ils le font déjà sur un terrain de 2,5 hectares sur la commune d’Oradour-sur-Glane, mis à disposition par la communauté de communes de la POL. «L’idée c’est d’avoir des terrains communaux (les communes étant impliquées dans le projet) pour mettre en place des cultures permettant de financer ce projet pommes de terre. Cette fédération fonctionne déjà bien grâce aux nombreux bénévoles qui sont venus aider à travailler le terrain».

Élus, agriculteurs, et bénévoles lors d’une opération mise en place par Cendrécor fournissant des pommes de terre à la Banque Alimentaire ; le volet social de l’association étant aussi important que l’économique et l’environnemental.

Élus, agriculteurs, et bénévoles lors d’une opération mise en place par Cendrécor fournissant des pommes de terre à la Banque Alimentaire ; le volet social de l’association étant aussi important que l’économique et l’environnemental.

L’aspect environnemental est clairement mis en avant avec la nouvelle action que lance Cendrecor : l’apiculture. «Cette richesse de culture le permet et il faudra voir comment mettre en place des parties cultivées qui restent en fleur ou en implanter de nouvelles pour nourrir les abeilles». Pour l’instant, un rucher de 5 ruches est installé à Brigueil (16) mais ce sont une cinquantaine de ruches qui sont envisagées à l’avenir et pourraient même avoir une production à elles seules. «L’idée c’est de mettre en lien les agriculteurs et les apiculteurs pour qu’ils réfléchissent ensemble à ce qu’il faut faire pour l’environnement, sans clivage…»

Ce serait peut-être ça, le secret d’un développement responsable de l’industrie et de l’agriculture, le lien.

Cendrecor Agro Écologie. 11 avenue Henri Barbusse 87200 Saint-Junien. 05 55 14 93 21.