Portes du Cuir : rencontre(s) avec des passionnés

Publié le 1 octobre 2014 | Une

Démonstration sur les stands de la Ganterie de Saint-Junien (Hermès)

Démonstration sur les stands de la Ganterie de Saint-Junien (Hermès)

La cité gantière accueillait tous les travailleurs du cuir durant trois jours. Entre les nombreux stands installés dans la salle du Châtelard, on pouvait croiser les représentants de professions aussi variées que restaurateur de livres anciens, couturière, designer…

Evelyne Dauge

Evelyne Dauge

Evelyne Dauge, de Rochechouart, coud des gants depuis… toujours. Elle travaille chez elle, à l’ancienne et personne n’y changera rien. Quand on est passionnée comme elle par le gant, on ne l’aime que cousu main.

«Quand j’étais plus jeune on a voulu que je couse à la machine, ils m’en ont fait installer une à la maison mais je l’ai renvoyée, je ne peux pas me servir de ça moi et je fais des gants depuis que j’ai 8 ans. Quand on a ça dans le sang on ne peut pas faire autre chose. J’ai récemment retrouvé mes grands parents dans un arbre généalogique et ils étaient tailleurs ! Ce n’est pas pour rien que j’aime le gant… et pourtant je n’en ai même pas une paire à moi. Ça ne m’attire pas d’en porter mais je ne ferais pas autre chose, j’admire l’objet.»

C’est sur le stand de la Ganterie de Saint Junien que le public pouvait rencontrer Evelyne qui met toujours un point d’honneur à défendre sa profession qu’elle exerce pour cette maison fondée en 1919 et qui fourni la majeure partie des gants Hermès.  «Evelyne était d’ailleurs déjà présente sur le salon de l’année dernière à Nontron» ajoute le directeur de la Ganterie de Saint-Junien Thierry Thomé, tout comme les artisans maroquiniers qui se livraient à des démonstrations très populaires tout le week-end. «Notre présence sur ce salon est essentielle pour répondre aux questions, surtout celles des jeunes. C’est toujours un plus pour se faire connaître, reconnaître et susciter des vocations».

Anna Coiffec-Pennec

Anna Coiffec-Pennec

Ces Portes du Cuir étaient aussi l’occasion pour la ville de remettre son grand prix du concours «Cognac en habit de cuir» à Anna Coiffec-Pennec, étudiante en 3e année de stylisme, design et mode à l’ESMOD de Paris.

Ce concours a vu une quinzaine d’étudiants (maroquinerie, sellerie, stylisme, design) de toute la France travailler sur une présentation du flacon de Cognac XO Excellence de la Maison Rémy Martin. Les propositions mettaient toutes en valeur le breuvage mais aussi le cuir comme seule matière à même de souligner la sensualité d’un cognac vieilli des années en fu de chêne limousin.

Le jury a choisi parmi toutes les réalisations celle d’Anna, sobrement intitulée «Écailles d’or». Pour répondre aux contraintes imposées, elle et ses «concurrents» devaient mettre en valeur l’excellence, le luxe et le prestige mais aussi le centaure de la marque et le «temps bonificateur».

Jean-Sylvain Cresp

Jean-Sylvain Cresp

Pour Jean-Sylvain Cresp, restaurateur de documents graphiques et livres anciens, le but d’un tel salon est de «faire découvrir aux gens ce qu’implique la restauration d’un livre ancien». Il est vrai qu’on ne pense pas tout de suite aux livres lorsque l’on se rend à un salon du cuir mais le travail est bien, là aussi, celui d’un passionné. 

Quand on apprend qu’on «ne remplace pas le cuir présent sur la couverture d’un ouvrage, on doit en garder 99% pour que cela soit une restauration», on comprend vite qu’un certain travail du cuir est au centre de ses pratiques. Une règle qui s’applique à tout le reste du livre et à laquelle peut s’ajouter une obligation de «réversibilité» (pour revenir à l’état antérieur à l’intervention)..

Cela fait plus de 2 ans qu’il s’est lancé comme restaurateur à son compte après des études poussées (bac +5) d’historien, et il n’est pas prêt de compter ses heures. Tout d’abord parce qu’il aime son métier mais aussi parce que la simple restauration d’un ouvrage ancien peut prendre de longues heures qui ne sont pas prises en compte.

«Les collectivités ne se rendent pas compte de toutes les règles qu’impose la restauration d’un ouvrage ni du coût entraîné». Et pourtant, Jean-Sylvain n’est payé qu’au forfait !

Guylaine sur le stand du Haras National

Guylaine sur le stand du Haras National

Guylaine est devenue étudiante aux Haras National de la Roche-sur-Yon avant tout parce qu’elle aimait les chevaux. «J’étais attirée par la création, la couture…» et la voilà en sellerie, l’un des métiers du cuir par excellence.

Au cour de leur formation dont elle entame la première année, les étudiants doivent d’ailleurs réaliser une selle entière dont de nombreuses petites parties sont découpées et cousues à la main. Sur le stand de cette école, deux de ces réalisations étaient d’ailleurs fièrement présentées, une bonne vitrine pour donner envie de s’intéresser aux formations que dispensent également les écuyers du Cadre Noir et les experts des Haras Nationaux aux particuliers.

Jean Gourienel

Jean Gourienel

Jean Gourienel a beau être retraité, il s’est proposé de lui-même pour venir aider sur le stand Weston à l’occasion des Portes du Cuir. «Quand on est Weston un jour, on est Weston toujours» annonce celui qui prend toujours plaisir à «faire partager mon amour de cette maison qui a toujours représenté le beau, le respect du cuir».

Sur ce stand, trois jeunes compagnons se livraient à la réalisation d’une paire de chaussure «pour laquelle il fallait bien compter dans les 120 heures comme on le faisait dans les années soixante. On ne peut pas mettre un prix sur un produit comme ça, c’est juste pour démontrer le savoir faire». Et c’était justement son métier, chez Weston, d’optimiser les moyens de production pour gagner du temps et de l’argent, explique-t-il en présentant fièrement la paire réalisée sur le salon de Nontron en 2013».