PNR Millevaches : pourquoi un « Non à la montagne à pellet » ?

Publié le 21 mars 2018 | Une

Le projet de l’entreprise CIBV Carbon Ingen’R Bugeat-Viam est de créer une unité de torréfaction et pelletisation de plaquettes forestières afin de les utiliser comme combustibles pour des grosses installations (chaufferie collective par exemple afin de le substituer au charbon). Il serait sis sur le site de la zone « Bois de Bugeat-Viam. »

Qu’est-ce qu’est le projet Carbon Ingen’R Bugeat-Viam ?

En réponse à ce qu’ils ressentent comme un manque d’information au sujet de ce projet, un groupe d’habitants des communes directement concernées par l’usine en elle-même – mais également des personnes vivant dans un périmètre plus large – a décidé d’aller expliquer leur position aux habitants de la Montagne qui ont bien voulu leur prêter une oreille attentive.

Cette usine serait la première de ce type servant à transformer les rémanents forestiers et/ou les souches issues de coupes rases (1) afin de les transformer en pellets. Ces derniers seront ensuite torréfiés pour en limiter le poids et le volume des matières et ainsi faciliter leurs transports vers les lieux où ils seront utilisés (à Saint-Ouen pour approvisionner la Compagnie parisienne de chauffage urbain – CPCU).

Le terrain fortement pressenti est celui d’une ancienne gare qui avait été construite pour acheminer les bois tombés lors de la tempête de 1999. Mais, depuis, le lieu était resté plus ou moins à l’abandon en dehors de rencontres de moto. La présence du quai pourra faciliter les différentes manœuvres indispensables.

Par ailleurs, Pierre-Henri Gaudriot a expliqué que quelques litres de la Vézère allaient être prélevés afin que le processus de torréfaction puisse être mené à bien. Après utilisation, cette eau sera stockée dans des bacs de rétention avant que de rejoindre les ondes de la rivière.

Etudes d’impact

Le fait que de nombreux rendez-vous motorisés y aient été organisés peut laisser penser que l’impact de cette usine serait mineur eu égard à la faune et la flore à proximité selon le promoteur qui a présenté son projet et les études d’impacts à la Chambre d’Agriculture à Ussel, le 2 mars. Mr Gaudriot, le président de la société Carbon INGEN’R. Il a également souligné sa contribution à la transition énergétique car son bilan carbone serait neutre. Cette affirmation n’a pas manqué de faire réagir l’assistance lors de cette rencontre à la Chambre d’Agriculture.

«Pour» vs «Contre»

Le premier élu du département ainsi qu’une grande majorité du conseil y sont totalement favorables en ce qui les concerne : c’est « une vraie opportunité que de créer une quarantaine d’emplois sur le territoire! » Pour des bassins d’emploi où le taux de chômage est élevé, cela n’est bien sûr pas négligeable.

Le Président du PNR, Philippe Connan, même s’il soutient l’idée a émis quelques réserves en expliquant au promoteur qu’il devait suivre les recommandations que le conseil scientifique du PNR a émises (contrôles réguliers des incidences sur le terrain, le territoire ainsi qu’au niveau des fumées s’échappant des cheminées…)

Lors de cette réunion, une opposante à ce projet a expliqué que, selon elle, « la situation des élus ne doit pas être aisée car ils n’ont d’autre choix que de dire qu’ils approuvent ce projet car il est générateur d’emplois et ce, même si intimement, ils y sont opposés. C’est un peu comme si l’emploi passait avant même les dégâts potentiellement irréversibles que cette installation pourrait entraîner pour la faune (dont nous sommes en tant qu’humains) et la flore. »

Une technicienne forestière a ajouté que selon ses connaissances, « dès lors que l’on pratique la coupe rase, il serait bien venu de laisser les souches et autres branchages sur la terre afin que la terre se régénère un peu sinon, le sol s’appauvrit vraiment. De plus, les enlever pourrait libérer certains ions qui pourraient modifier la structure même du sol. » Petite ironie de l’histoire : c’est peut-être le choix de la prochaine loi ferroviaire qui signera l’arrêt de ce projet… Car la ligne de fret partant de Bugeat pourrait être menacée d’après les rapports Spinetta et Dureau.

1. cette technique de coupe rase est de moins en moins demandée par les propriétaires (actuellement, ce sont les agents techniques départementaux qui pratiquent cette technique comme on peut le voir au bord de certaines routes notamment corréziennes).