Ma commune va craquer…

Publié le 23 septembre 2015 | Une

Sylvie Tuyéras est maire d’une petite commune de 1 675 habitants, le 19 septembre, elle a fermé les portes de la mairie pour interpeller les habitants et l’État sur une situation intenable.

Sylvie Tuyéras est maire d’une petite commune de 1 675 habitants, le 19 septembre, elle a fermé les portes de la mairie pour interpeller les habitants et l’État sur une situation intenable.

À l’instar de ses collègues maires de la communauté de communes de Vienne-Glane, Sylvie Tuyéras était présente dans sa mairie, samedi matin, pour expliquer aux citoyens pourquoi elle avait décidé de fermer celle-ci.

«Je ne me lasse pas d’expliquer aux gens ce qu’est un maire, à quoi sert une mairie, comment on fait le budget d’une commune parce qu’il est important que chacun sache où passe son argent et pourquoi on est vraiment en danger avec les suppressions de dotations de l’État» explique-t-elle malgré sa colère qui ne diminue pas face à la surdité de l’État. «

On va encore nous baisser la DGF (dotation globale de fonctionnement) alors que c’est aussi une partie des impôts des citoyens alors que l’État nous demande d’effectuer un nombre croissant de choses en son nom. Les temps d’activités périscolaires (qui coûtent beaucoup plus que les 50 euros par enfants attribués), les dossiers d’urbanisme (dont le coût a été évalué à 9 000 euros pour la commune, sans transfert de budget)… On ne peut pas assumer tout ça sans que l’investissement s’en retrouve réduit. À Saint-Brice, on en est déjà à ne plus investir et c’est du travail en moins pour les entrepreneurs locaux. Le dernier gros investissement que l’on va faire c’est la rénovation et l’extension des vestiaires du terrain de foot, ça fait dix ans que ça traîne et on a enfin le budget, mais c’est tout ! Si on veut garder des habitants dans nos communes, il faut des services. On est une des rares communes avec deux écoles (la création du RPI en 2004 a apporté tellement d’écoliers qu’il a fallu construire une extension pour 350 000 euros) mais la baisse de dotations d’ici à 2017 représente le fonctionnement de l’une d’entre elles ! Comment respecter les normes de plus en plus compliquées sans budget ?

En 2005, on a mené de front les travaux de la salle des fêtes et de l’école, on ne pourrait plus faire ça. Ça fait des années que l’on fait des économies mais il y a des budgets où on a 30 000 euros de frais de fonctionnement (toitures, murs, routes…) et c’est l’équivalent de ce qu’on nous supprime cette année, il nous faut réduire les frais pour que notre budget passe… C’est l’argent de tous les citoyens, on ne peut pas faire n’importe quoi avec.

Heureusement que l’on a un peu de patrimoine qui rapporte (4 logements loués et 4 gîtes ruraux) mais il nous a fallu par exemple créer un forfait au mois à la cantine pour ne pas avoir à subir des impayés, je suis en train de renégocier tous les contrats, électricité, gaz… pour économiser 1 000 euros par ci et 500 par là ! Le budget est un réel casse-tête à boucler, une vraie angoisse pour moi» avoue-t-elle.

Lorsque l’on accuse les communes d’être de trop gros employeurs, elle s’indigne… «On nous dit que les communes ont embauché trop de personnel mais si on embauche c’est qu’il y a du travail à faire au service de la population et on n’agit pas qu’en direction des enfants ou des personnes âgées. On met les salles des fêtes à disposition des habitants, des associations. On doit employer 16 ou 17 équivalents temps plein à Saint-Brice dont 4 agents techniques qui s’occupent à eux seuls de 33 hectares et 30 km de chemins ou encore 4 secrétaires dont une s’occupe de l’agence postale puisqu’on nous a supprimé la Poste en 2008, un agent est chargé de l’urbanisme (ce que faisait l’État avant)… En 15 ans, notre commune a gagné 350 habitants, il faut bien des services publics… Ça finira de telle manière que ce sont les habitants qui paieront pour ces services ! On a jamais vu autant de monde venir à la mairie où on trouve toujours quelqu’un pour vous renseigner, pour passer un fax, délivrer des documents officiels… Les services publics sont la dernière chose qu’on peut livrer au privé et j’ai bien peur qu’on en soit bientôt là» conclut-elle, dégoûtée.