Les camps d’internement en Haute-Vienne : une exposition sur les déportations locales

Publié le 31 août 2016 | Une

Guy Perlier explique le sort destiné aux prisonniers politiques.

Guy Perlier explique le sort destiné aux prisonniers politiques.

Depuis quelques jours, une vingtaine de panneaux ont été installés dans la salle du rez-de-chaussée du Musée de la Résistance de Peyrat-le-Château. Guy Perlier, docteur en histoire contemporaine, dont les travaux de recherche en constituent la matière ainsi que la documentation fournie par la délégation territoriale 87 de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la déportation (AFMD) présidée par Claude Bérody est installé à Nedde pour l’été dans une maison familiale. 

Sont présentés ici les trois camps d’internement du département, ceux de Saint-Germain-les-Belles, Nexon et de Saint-Paul d’Eyjeaux ainsi que  leurs internés.

Les derniers panneaux sont consacrés au destin de ceux qui passèrent dans ces camps, notamment aux déportations (en Algérie voire à Auschwitz).

Guy Perlier reconnaît que ses travaux de recherche lui ont été suggérés par Thérèse Menot, résistante limousine, déportée à Ravenxbrück et une des créatrices du Musée de la commune. Un des éclairages forts de cette exposition est celui de la rafle régionale du 26 août 1942. On apprend qu’elle a été programmée et planifiée par le gouvernement de Vichy relayé par les préfets régionaux et départementaux afin de fournir des juifs aux nazis en vue de leur déportation. La région de Limoges couvrait à l’époque un espace considérable, allant de la Dordogne à l’Indre et au Cher.

Cette opération d’envergure prévoyait, à l’origine, d’y « rafler » deux mille juifs étrangers. Des résistances civiques diverses -de fonctionnaires et de gendarmes notamment-  ont limité  fortement le nombre des arrestations (44% environ du total prévu.)

Dans une démarche pédagogique, l’exposition retrace le drame vécu par Henri Wolf, jeune juif polonais réfugié en Creuse avec sa famille pour fuir la répression nazie. Ce jeune apprenti ( il avait seize ans ) a été raflé le 26 août à Saint Hilaire-Château, a transité par le camp de Boussac, ceux de Nexon puis de Drancy pour aboutir une semaine plus tard seulement à Auschwitz où sa mère a été gazée immédiatement. Selon Guy Perlier, on ne peut dresser de pire réquisitoire contre la politique de collaboration de Pétain qu’en relatant le périple de la famille Wolf.

Par ailleurs, l’exposition révèle aussi l’exil des opposants politiques à Pétain classés irréductibles vers le département français de l’Algérie. Parmi ceux-ci, six Limousins dont quatre hauts-viennois et deux Neddois, anciens élus et militants communistes, François Roby et Marcel Lenoble. « On peut imaginer leur souffrance confrontée à des travaux forcés sur les terres désertiques du Hoggar alors qu’ils étaient habitués à la verdure limousine. »

Cette exposition a vocation à s’installer au musée de Peyrat car celui-ci est consacré prioritairement à la Résistance de la première brigade de marche du colonel Guingouin mais s’ouvre aussi à l’histoire de l’internement et de la déportation selon la volonté de ses créateurs De plus, l’ensemble de la collection de cet espace peyratois est intégré au réseau du Musée de la Résistance Nationale.

Voici quelques références de l’auteur qui peuvent permettre d’approfondir les connaissances sur le sujet :

  • Les camps du bocage ;
  • Indésirables ;
  • La main de Pétain
  • La rafle
  • Les chants de l’anti-France.

Tous ces ouvrages sont édités aux éditions des Monédières et la plupart sont disponibles auprès de la bibliothèque de la communauté de communes

Par ailleurs, l’AFMD a lancé l’installation de chemin de mémoire près de l’emplacement des trois camps d’internement de Haute-Vienne afin que des informations puissent enrichir les marcheurs circulant à leurs abords. Celui de Saint-Paul est déjà réalisé, ceux de Saint-Germain et de Nexon devraient être finalisés d’ici peu de temps.

Cette exposition est en accès libre au rez-de-chaussée du musée aux horaires d’ouverture du musée.