« Je vais m’en aller pendant longtemps, mais je reviendrais »

Publié le 1 mars 2016 | Actualité / Ouest-Limousin

Pierre Allard et Michèle Guingouin, fiers de la présenter la plaque.

Pierre Allard et Michèle Guingouin, fiers de la présenter la plaque.

C’est le samedi 27 février que Pierre Allard a inauguré la place du Colonel Georges Guingouin en présence de nombreuses autorités ainsi que de Michèle Guingouin, fille du préfet du maquis.

«Dès le début de l’occupation, à un moment où la Résistance se construisait lentement, terriblement minoritaire dans le pays, faible dans ces moyens d’action, mais doté d’un courage et de convictions extraordinaires, des hommes et des femmes se sont levés. Des militants syndicaux, politiques, des anonymes, ouvriers et paysans, de tout bord politique ont dit non au sacrifice de la République. Au péril de leur vie, sauvagement torturés lorsqu’ils étaient pris, déportés, exécutés sommairement, ils ne durent souvent leur survie qu’au courage d’autres compagnons de combat ».

Pierre Allard, maire de Saint-Junien, retraçait l’histoire dans son discours prononcé à l’occasion de l’inauguration de la place Georges Guingouin car, parmi ces compagnons de combat, on trouvait cet homme qui devint le préfet du maquis, Lo Grand.

Cet instituteur a un jour dit à ses élèves que la situation était grave, que la guerre était là. Il leur a ensuite dit « Je vais m’en aller pendant longtemps, mais je reviendrais ». Ces quelques mots en disent long. Il avait pris la décision de résister face à l’envahisseur, face au régime de Vichy. Il s’engagea en tant que maquisard et entreprit une longue et périlleuse marche qui allait faire de lui l’une des plus belles figures de la Résistance française. «Durant trois longues années, il choisit la campagne limousine pour mener cette lutte. Parti seul dans les bois, il menait en août 1944 une véritable armée de 20 000 hommes aux portes de Limoges ». La décision qu’il prit à ce moment-là lui valut de recevoir le 19 octobre 1945, du Général De Gaulle, la plus belle des citations dans l’Ordre de la Libération, il était fait « compagnon ». Cette décision s’est prise entre deux choix : prendre Limoges par le fer et le feu ou l’encercler et contraindre l’ennemi à la reddition. C’est le deuxième choix qui fut pris.

À la libération, on aurait pu croire que ses déboires étaient finis et qu’il reprendrait tranquillement sa vie et sa place auprès de ses élèves. « À Noël de 1953, le premier maquisard de France, le compagnon de la Libération était jeté en prison à Brive, frappé à plusieurs reprises et laissé pour mort dans sa cellule. Plusieurs jours de traitement inhumains lui furent infligés. La conjuration regroupait des magistrats infâmes, traîtres à leur serment, des policiers épargnés par l’épuration et se retrouvant après la libération aux postes qu’ils avaient occupés, au service de Vichy et se voyaient confier par la justice de la République restaurée, les enquêtes contre le Colonel Guingouin et ses partisans. Ce furent six années d’acharnement judiciaire. Tous animés par la haine et le désir d’en finir avec ce héros qui était leur mauvaise conscience ». Georges Guingouin était en très mauvaise posture, le ton était donné. Cependant, le non-lieu intervint en 1958. Grâce au sursaut des résistants, des camarades de la lutte clandestine, des hommes de la gauche et la création des comités de défense sur le plan local puis national, le soutien s’était fait. Le vent avait tourné.

« Au moment où notre pays voit s’amonceler de sombres nuées sur ses villes et ses campagnes, Georges Guingouin incarne cet esprit de résistance viscéralement attaché aux valeurs de la République. Bien évidemment d’autres hommes et femmes mériteraient cet hommage. Cette plaque que nous inaugurons aujourd’hui est installée au centre de cette place, qui fut le théâtre de bien des événements qui marquèrent notre ville. C’est notamment ici, en 1941, que fut reçu le maréchal Pétain en visite à Saint-Junien lors de son voyage officiel en Limousin et c’est ici, dans un hôtel face à la gare qu’un funeste soir de juin 1944, les SS de la division Das Reich ont établi leur quartier général afin de régler les derniers détails du massacre d’Oradour-Sur-Glane ».

Le choix de donner à la place le nom de Georges Guinguoin n’est donc pas anodin. C’est l’affirmation que la volonté de se libérer de l’oppression survit à toutes les haines, toutes les intolérances. «C’est un honneur de voir, 70 après la Libération, le nom de mon père sur cette plaque. Ça montre que ce n’est pas tombé dans l’oubli, que son histoire vit toujours. Merci d’honorer les résistants, les Hommes de l’ombre » ajoutait Michèle Guingouin.

Elle a connu l’histoire de son père petit à petit. Pour les vacances, quand il rejoignait ses anciens camarades, ses amis, ils parlaient de ce moment, du passé, de ce qu’ils avaient vécu. C’est comme cela qu’elle a appris l’histoire de son père. Mais elle a toujours su qu’il avait eu une vie extraordinaire, une vie pas comme celle de tous les autres. «Et plus je vieillis, plus je me rends compte de ce qu’il a eu, de ce qu’il a vécu».

Et c’est avec une certaine fierté qu’elle regarde le nom de son père s’afficher de plus en plus sur des plaques commémoratives comme celle-ci. « Il s’agit d’un juste hommage surtout avec la situation actuelle, avec tout ce qui se passe aujourd’hui. Le symbole de la résistance permet aussi d’apporter plus de justice et d’espoir ».