Ils partirent à une centaine… et un seul est convoqué !

Publié le 27 août 2015 | Une

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Plusieurs habitants du plateau ont révélé, le lundi 24 août, les suites judiciaires de l’action collective menée à Eymoutiers en novembre dernier devant plusieurs médias afin d’informer les citoyens sur la situation.

Dans un premier temps, Jean-Baptiste et Antoine ont rappelé les faits : « le décès de l’écologiste, Rémi Fraisse, est survenu à la fin du mois d’octobre sur le chantier de Sivens. Ce jeune participait à une action collective d’occupation ( une ZAD – zone à défendre). Or, il a été abattu par une arme de catégorie militaire. » En réaction à ce déplorable événement, une centaine d’habitants du Plateau de Millevaches a décidé de se rassembler à Eymoutiers, le samedi 8 novembre, et d’aller en cadenasser la gendarmerie de manière symbolique dans une démarche non-violente et à grand renfort de victuailles à partager. Loin de vouloir entraver le bon fonctionnement de celle-ci, le message véhiculé par ce groupe était de dire que les gendarmes sont dangereux, donc « il faut les empêcher de nuire par nous-même. »

L’action menée était à tel point symbolique que les fonctionnaires n’ont eu besoin que de trente minutes pour ôter toutes les dispositifs qui avaient été installés. Le même week-end, quatre autres gendarmeries ont subi des incidents similaires dans la région. Mais une seule personne est convoquée et elle réside sur le plateau. De là à penser qu’il puisse y avoir un quelconque lien entre ce groupe d’habitants et le groupuscule de Tarnac, il n’y a qu’un pas que certains pourraient franchir rapidement a ajouté Daniel, un habitant de Saint Martin Château (ce « groupuscule » de Tarnac aurait saboté une ligne SNCF en 2008). Pour étayer ses dires, il a expliqué qu’une des personnes de Tarnac a aussi été contactée dès l’ouverture de la procédure : « l’agent lui a demandé confirmation qu’elle était bien présente à Eymoutiers alors qu’elle était à l’étranger. » Elle a par ailleurs expliqué que les mots qui ont été employés dans le chef d’accusation sont à quelque chose près les mêmes que ceux qui avaient été utilisés à l’époque de son interpellation, en 2008.

Sept mois après la mort du militant sur la ZAD du Testet, le rapport d’enquête sur la répression des manifestations a été rédigé par une commission de l’assemblée nationale. Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, de nouvelles mesures plus contraignantes sont proposées. Ainsi, il est désormais possible pour les forces de l’ordre d’assigner à résidence de manière préventive des personnes ciblées, d’interdire de manifester ou encore de relever les identités de chaque manifestant… « En bref, ils font comme si la cause de la mort de Rémi était simplement le fait qu’il ait participé au rassemblement du Testet (à Sivens) et non le fait que les gendarmes nous tirent dessus avec des armes militaires. »

Sept mois ont aussi été nécessaires pour que la gendarmerie boucle son enquête eu égard au cadenassage de la gendarmerie d’Eymoutiers. Après que les premiers éléments de l’enquête aient été récoltés par le personnel de la caserne pelaude, le Service régional a pris en charge le dossier. Sa conclusion est qu’un seul habitant de la Montagne Limousine doit se rendre au Tribunal de grande instance (TGI) de Guéret. Il doit y répondre au chef d’inculpation d’entrave à la circulation de personnel et de matériel militaire en vue de nuire à la défense nationale ( livre IV du Code Pénal). Bien que l’action à laquelle il a participé fût collective et hautement symbolique, il doit comparaître seul et encourt une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et de 750 000 euros d’amende.

L’identité du Plateau est si forte que ses habitants ne se définissent pas comme Creusois, Haute-Viennois ou Corrézien mais plutôt en habitant du plateau ou pas. Comme dans la plupart des milieux qui peuvent sembler rudes à vivre, la solidarité existe « même s’il faut y travailler tous les jours » ajoute Jean-Baptiste. Peut-être est-ce cela aussi que certains aimeraient voir disparaître…

La prochaine assemblée populaire aura lieu à Faux-la-Montagne. Elle aura pour but d’expliquer tout cela le jeudi 27 août à 20 h 30 dans la salle du conseil municipal.