Eymoutiers : le Pôle Viande Locale ne sera finalement pas pelaud

Publié le 4 septembre 2014 | Actualité / Monts-et-Barrages

C'est la proximité des habitations et des lieux recevant du public qui rend hélas le cas de l'abattoir d'Eymoutiers difficile à envisager dans le long terme du fait de la législation qui exige une dérogation préfectorale.

C’est la proximité des habitations et des lieux recevant du public qui rend hélas le cas de l’abattoir d’Eymoutiers difficile à envisager dans le long terme du fait de la législation qui exige une dérogation préfectorale.

Depuis des mois, l’association Abattre et Valoriser la Viande en Limousin (A2VL) travaillait intensément à la définition du futur outil et à sa promotion auprès des acteurs économiques et des partenaires publics du territoire.

Le PVL est un outil mutualisé à destination des éleveurs qui pratiquent la vente en circuit court et local de leur viande, et de collectivités qui souhaitent que les restaurants scolaires servent de la viande produite sur leur territoire. Une plate-forme de services (abattage, découpe, transformation, stockage, etc.) structurante pour la filière courte et locale. C’est un outil multi-espèces (bovins, ovins, porcins, etc.) de petite capacité (5 à 6 bovins abattues par semaine) avec pour priorité le bien-être animal et les conditions de travail des utilisateurs.

Petit à petit, un groupe d’agriculteurs souhaitant investir dans le futur outil s’est constitué et a commencé à définir les contours et l’organisation de la future structure permettant la gestion du PVL. « Le lycée agricole d’Ahun s’est montré très intéressé par notre démarche et a décidé de rejoindre ce groupe d’investisseurs. Ce dernier pratique déjà la consommation en circuit « ultra-court » puisque son restaurant scolaire sert la viande qui est produite sur son exploitation agricole. » Il souhaite développer plus en avant sa démarche en s’appuyant sur l’offre technique du PVL.

Particulièrement soutenue par l’État, la Région, le Conseil Général de la Creuse et le Parc Naturel Régional de Millevaches, le collectif a souligné les soutiens « indéfectibles » de Jean-Paul Denanot et des élus régionaux, ainsi que de Jean-Jacques Lozach et de Jacky Guillon pour les aider à concrétiser cet outil.

« Là où des abattoirs industriels pratiquent le dumping social avec de la main-d’œuvre low-cost, où les animaux sont ballottés sur des centaines de kilomètres, le Pôle Viandes Locales propose de court-circuiter les traders en viandes et de se servir de leurs marges arrières qui n’ont eu de cesse de s’accroître pour assurer le fonctionnement de cet outil local avec une main-d’œuvre qualifiée, une lenteur de production pour assurer la qualité et laisser l’alchimie du goût se réaliser. »

 

Pas à Eymoutiers…

 

Au printemps de cette année, les actions menées par l’association A2VL se sont concrétisées par le choix du lieu d’implantation du PVL. Ce choix a été déterminé par des éléments techniques et financiers. Pendant longtemps, le site de l’ancien abattoir d’Eymoutiers était pressenti. En effet, l’abattoir (fermé en mars 2007) est dans un état relativement bon et a le mérite d’exister. Cependant, les contraintes de la législation ont rendu très incertaine la possibilité d’une exploitation à long terme. En effet, il est à moins de 100 mètres d’habitations ou de lieux recevant régulièrement du public. Sa réouverture est donc soumise à dérogation préfectorale. Le groupe d’investisseurs n’a pas souhaité prendre le risque d’investir 2 millions d’euros dans un site dont la pérennité légale n’était pas assurée. De plus, à budget d’investissement constant et selon les règlements européens, le site d’Eymoutiers ne pouvait prétendre à aucune subvention dans la mesure où ce n’était pas une construction neuve mais une réhabilitation !

La question de la création d’un outil neuf est donc apparue comme pertinente. En fonction de la répartition géographique des acteurs économiques et des contraintes techniques et juridiques de l’implantation d’un tel outil, le groupe d’investisseurs a choisi la zone d’activités de Langladure sur la commune de Masbaraud Mérignat à côté de Bourganeuf.

« Le Conseil Général de la Creuse, ainsi que la Communauté de Communes de Bourganeuf-Royère de Vassivière (propriétaire de la ZI) se sont montrés très enthousiastes quant à l’accueil du PVL sur leur territoire et ont facilité l’implantation du projet » souligne Guillaume Betton, président de la Société par Actions Simplifiés (SAS) Pôle Viandes Locales constituée en juillet 2014 par plus d’une trentaine d’investisseurs qui ont réuni un capital propre d’environ 300 000 euros. L’équipe dirigeante constituée de 4 administrateurs élus a pour mission de faire sortir de terre et de mettre en route le PVL durant les prochains mois. La commune de Bourganeuf à, par ailleurs, mis à disposition de la SAS un bureau (dans l’ancien tribunal) dans l’attente de la construction du Pôle Viandes Locales.

Guillaume Betton résume ainsi le travail fourni toutes ces dernières années : « grâce à la mobilisation de tous (agriculteurs, élus, citoyens, etc.) et à un travail collectif intense, nous avons pu montrer la nécessité d’avoir un outil local innovant qui permet la valorisation et la consommation de viandes produites sur le territoire. Nous pouvons tous être fier, par cette démarche, de doter notre région d’un premier outil, dans ce domaine, de relocalisation de l’activité économique ». On ne peut que déplorer que cet outil de l’activité économique ne profite pas à Eymoutiers…