Eymoutiers : le Centre de demandeurs d’asile est au complet

Publié le 4 septembre 2014 | Une

Serge Lenôtre, directeur du Cada depuis le 19 mai est issu du secteur social.

Serge Lenôtre, directeur du Cada depuis le 19 mai est issu du secteur social.

Les premiers demandeurs d’asile sont arrivés au mois de mai ; en cette fin août les quatre-vingts places du Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile du Buchou devraient être normalement toutes occupées.

La gestion du centre a été confiée à l’ADOMA qui est l’ancienne Société nationale de constructions de logements pour les travailleurs (Sonacotra) : société d’économie mixte dont le capital est détenu par des acteurs publics, l’Adoma a construit son nom à partir du latin « ad » qui signifie vers, et « domus » la maison. Également gestionnaire de foyers de travailleurs migrants, de résidences sociales, de pensions de famille, de centres d’hébergements, d’aires d’accueil de gens du voyage, l’Adoma est responsable de la gestion de 52 centres de demandeurs d’asile dans toute la France pour 4 964 places, ce qui représente 21 % des capacités d’hébergement de son dispositif national d’accueil.

Ainsi donc le Buchou pour moitié de sa capacité d’hébergement, de résidence de tourisme devient un lieu d’accueil pour demandeurs d’asiles. Après le retrait de la Fédération des Œuvres laïques au mois de septembre 2013 de la gestion de ce village vacances, la municipalité d’Eymoutiers qui doit signer avec l’Adoma un bail emphytéotique, va être ainsi assurée de voir la moitié des lits du Buchou occupés à l’année tout en permettant à des personnes ayant dû fuir leur pays de ne pas dormir en plein air ou dans des abris de fortune (c’est le cas d’un tiers des demandeurs d’asile en France). Ce type de bail engage à faire des travaux et Serge Lenôtre, le nouveau directeur, signale que « des travaux ont déjà été réalisés comme la peinture, l’électricité, les revêtements des sols, les portes de communication avant des travaux plus conséquents comme les isolations extérieures et les toitures ».

Autre avantage pour la commune : l’arrivée d’enfants en âge scolarisable au nombre de neuf en maternelle, de neuf également au collège, ils pourraient être seize au primaire ce qui devrait permettre le maintien de la classe menacée de fermeture. Pour familiariser ces enfants avec leurs nouveaux locaux il est prévu avant la rentrée scolaire une journée découverte des trois établissements : selon Serge Lenôtre les institutions scolaires d’Eymoutiers agissent « avec bienveillance envers des élèves qui ne maîtrisent pas tous le français ;  les progrès dans notre langue sont pourtant parfois fulgurants et il n’est pas rare de voir des petits s’exprimer déjà couramment en français. Néanmoins beaucoup reste à faire notamment vis-à-vis des parents et l’équipe d’animation du CADA (1 animateur, 3 intervenants sociaux et une secrétaire, la plupart embauchés localement,) réfléchit au moyen de mettre en place une formation en Français « par exemple par le biais d’une convention avec une association).

Actuellement dix nationalités sont représentées : l’Angola, le Congo, la Guinée Conakry, le Sri-lanka, l’Albanie, L’Ukraine, la Syrie, la Côte d’Ivoire, le Soudan, la Tchéchénie. Autant de nationalités, autant de parcours différents, mais toujours autant d’horreurs dans les récits racontés par les uns ou les autres où il est question de tortures, de coups, ou de maltraitances diverses et de fuites éperdues comme ce fut le cas de celle-ci, fuyant toute une nuit en rampant avec ses deux enfants en bas âge à travers champs pour éviter l’arrestation et sans doute la mort .

Les familles ainsi rassemblées au Buchou fondent évidemment beaucoup d’espoirs dans leur demande d’asile. La politique d’accueil actuellement en vigueur dans l’Hexagone ne permettra qu’à une minorité d’accéder au statut tant espéré. Une famille a déjà été déboutée de sa demande et a dû après un délai d’un mois céder sa place à de nouveaux arrivants. Ces déboutés « auraient pu dormir dehors sans la réactivité de plusieurs habitants d’Eymoutiers qui leur sont aussitôt venus en aide »…les abris d’urgence et le 115 étant complètement saturés à Limoges.

Malgré cette crainte de se voir refuser le fameux sésame, les demandeurs d’asile sont soulagés d’être arrivés à Eymoutiers. Bénédicte Elie, directrice adjointe de la région Ouest de l’Adoma soulignait lors d’un récent passage à Eymoutiers « une ambiance particulièrement familiale avec tous les enfants présents » et remarquait que « les familles étrangères étaient ici tout spécialement apaisées ».