De l’asile dans la montagne limousine

Publié le 6 avril 2016 | Actualité / Monts-et-Barrages

Lors du théâtre-forum qui a été organisé en fin d'après-midi, la république au travers de son symbole Marianne a été interpellée quant à sa gestion des réfugiés.

Lors du théâtre-forum qui a été organisé en fin d’après-midi, la république au travers de son symbole Marianne a été interpellée quant à sa gestion des réfugiés.

Trois jours d’échanges et de partage autour de ce sujet ont été organisés à l’initiative de l’antenne locale de La Cimade et l’association Montagne Accueil Solidarité, du 1 au 3 avril entre la cité pelaude, Peyrelevade et Peyrat-le-Château.

Car ces trois communes sont impactées par l’accueil de personnes étrangères dans des situations certes différentes mais dont les similitudes obligent à une réflexion commune. Ainsi, le CADA (centre de demandeurs d’asile) d’Eymoutiers s’est ouvert dans l’année 2014 et celui de Peyrelevade, au début de l’année 2015. Les personnes qui y sont hébergées sont dans l’attente d’une réponse de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui statue sur les dossiers administratifs de chacun afin d’accorder ou non l’asile en France. Alors que les personnes accueillies au CAO (centre d’accueil et d’orientation) de Peyrat n’ont pas encore accès à une place au CADA car leur dossier n’est pas encore finalisé – ce centre a été créé dans les locaux de la CMCAS des gaziers et électriciens de France afin de désengorger la jungle de Calais au mois de novembre.

Le vendredi, une vingtaine de personnes ont ainsi bénéficié d’une formation autour du droit d’asile à Peyrelevade. Lors de cette journée, ils ont ainsi pu étayer leurs connaissances juridiques de cette problématique afin de pouvoir répondre aux sollicitations. Le soir, la diffusion du documentaire « No comment » au cinéma de Peyrat a réuni plus de cent vingt personnes. Ce documentaire a été réalisé dans la jungle de Calais où des réfugiés tentent d’atteindre la Grande-Bretagne. Dans le débat qui a suivi, un ancien volontaire de MSF (médecins sans frontière), Denis Lemasson, a témoigné de son expérience dans ce lieu. Certains résidents du CAO ont aussi pu le faire. Un temps d’échanges plus informel a suivi autour des préparations culinaires qu’avaient concoctées plusieurs afghans durant la journée avec le soutien d’associations locales.

Le samedi matin, une rencontre entre des élus municipaux, de communes environnantes, des représentants de La Cimade et du MAS se sont déroulées à la mairie. La Cimade et le MAS avaient sollicité les communes du territoire afin que les questions posées par ces arrivées de demandeurs d’asile puissent être évoquées conjointement. Bien que plusieurs communes n’aient pas répondu à leur courrier, cette entrevue a été, selon les dires de Françoise, constructive avec les représentants de Rempnat, Eymoutiers, Faux-la-Montagne, La Villedieu et de la communauté de communes.

L’après-midi, plusieurs conférences ont eu lieu dans la salle des fêtes qui avait été prêtée par la mairie pour ces journées. Plusieurs thématiques ont ainsi été abordées : une avocate et une juriste de Limoges ont apporté des informations sur les migrants ; puis, le réseau Recosol a été présenté l’expérience italienne – ce réseau des municipalités solidaires a été créé afin de faciliter l’accueil des réfugiés qui arrivent au large des îles italiennes, en Calabre. Dans une autre intervention, le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) a apporté aux auditeurs des informations quant à la politique migratoire française d’un point de vue tant historique que quantitatif. Puis enfin, deux représentantes du Planning familial de Peyrelevade ont abordé le sujet des femmes dans les migrations. Ainsi, elles ont évoqué les violences qui peuvent être subies avant et pendant le long périple que la gente féminine entreprend pour atteindre l’Europe : la circoncision qui est pratiquée dans de multiples endroits du globe, les viols qui sont une arme de guerre dont les femmes sont les premières victimes… Elles ont ainsi présenté quelques témoignages retranscrits dans le livre de Pascale, une praticienne du Planning familial d’Angers. Juliette a mentionné le caractère délicat de cette thématique pour les femmes qui ont parfois besoin d’un interprète pour traduire leurs propos « mais cette étape peut s’avérer cruciale dans le récit de vie qui accompagne le dossier qu’elles envoient à l’Ofpra. » Étant donné l’horreur des violences subies, ajoute-t-elle, les hommes et les femmes ont souvent du mal à relater leur vie, « le planning peut être pour elles un espace d’écoute neutre dans lequel les femmes n’ont qu’à raconter, sans qu’il ne soit porté aucun jugement vis-à-vis de leurs actes ». Ce lieu se pose aussi en un lieu ressource pour les personnes afin qu’elles puissent prendre des contacts plus appropriés à leur situation (pour la contraception ou la reconstruction de l’appareil génital intégral…).

Le soir, la chanteuse bretonne Siaan a offert des airs de musiques afghanes pour une soirée tout en musique. Plusieurs jeunes résidents du CAO de Peyrat l’ont ensuite accompagnée et ont dansé pour retrouver l’ambiance du pays.

Après une nuit courte pour certains, les échanges ont repris le lendemain autour des expériences dans les trois sites de la Montagne Limousine. Puis, l’après-midi, plusieurs personnes ont rapporté ce qu’elles ont vu à Calais, Lampedusa et Dimitrovgrad en Serbie. Ainsi, Moctaria a évoqué les mois qu’elle a passés à aider des réfugiés là-bas où la situation est loin d’être simple. Elle a par exemple fait état d’un bus que ces migrants prennent pour rallier l’Europe et dont le tarif a été doublé spécialement pour eux. « Les pratiques s’apparentent à de la mafia » mais ce pays étant pauvre, il est difficile de les en blâmer sachant que le salaire que touche un volontaire employé par les ONG – organisation non gouvernementale – sur place est plus élevé que le salaire médian des habitants. Sur place, elle a évoqué la compassion des habitants mais « Dimitrovgrad n’est qu’une étape pour ces migrants qui doivent quitter le pays rapidement afin d’atteindre l’eldorado européen. » De plus, la situation économique du pays étant ce qu’elle est, « il est très compliqué d’aider concrètement les migrants car l’association dont elle faisait partie devait les intercepter avant qu’ils n’aillent voir la police des frontières auprès de laquelle aucune intervention n’est possible. La situation de ces personnes qui cherchent une situation plus stable, loin des conflits, n’est pas enviable » a-t-elle continué tout en se posant la question de l’avenir.

Plus tard, le docteur Levantoux est intervenu pour relater la santé des personnes qu’il suit à Eymoutiers et à Peyrat. « D’après les récits que l’on évoque avec moi, il est parfois nécessaire de donner des médicaments qui endorment un peu afin que les personnes puissent se reposer…  »

Dans la salle étaient exposés également des photos et des panneaux informatifs autour de ces migrations. Afin d’enrichir les savoirs de chacun, des brochures de La Cimade étaient disposées sur une table ainsi que des livres sur le même sujet venant de la librairie « Pages et plumes » de Limoges.

Ces rencontres sont les deuxièmes au sujet des réfugiés dans cette ancienne cité des tanneurs et ont reçu un public important. « Elles ont été aussi l’occasion de partages et de rencontres entre demandeurs d’asile et habitants. »