Mort en 1960, l'artiste fait l'objet d'une exposition.
"Il a été reconnu trop peu de temps de son vivant pour rester dans les mémoires." Thierry Granet le déplore. Le président des Amitiés de Saint-Junien avait déjà consacré une exposition à Jacques Blény en 1994. Pour le 50e anniversaire de la mort du peintre, il pensait renouveler l'exercice. Et son idée a rejoint celle de Thierry Tarnaud, neveu du peintre. La mairie de Saint-Junien n'a pas hésité à se joindre au projet, avec dans l'idée une série de grandes expositions sur les artistes saint-juniaud.
Saint-Juniaud, Jacques Blény l'était. Né en 1925 dans une famille de commerçants bien connue à Saint-Junien, c'était un enfant asthmatique, à qui on faisait garder la chambre. C'est pour combattre l'ennui qu'il s'est mis à sculpter puis dessiner, un passe-temps qui devient rapidement une passion. Très tôt, il décide de devenir artiste.
C'est dans la vitrine de la maison Rivet (aujourd'hui celle de la rédaction du Nouvelliste) qu'il fait sa première exposition.
Après quelques expositions à Limoges, Jacques Blény part à Paris, entre aux Beaux-Arts, où il côtoie Bernard Buffet. Il rencontre Louise Viard, qui deviendra son épouse en 1950 et avec qui il aura trois enfants. Fonctionnaire au ministère des Finances, c'est elle qui fera bouillir la marmite, tandis que Jacques Blény installe dans son atelier dans sa mansarde. Avec d'autres artistes, il formera d'ailleurs le groupe des mansardes, se consacrant à son art, mais vivant pauvrement.
En 1949, il expose à Limoges avec d'autres peintres de la région. Une de ses toiles, "Le Repas" fait scandale : les gendarmes interviennent le jour du vernissage pour décrocher l'oeuvre qui fait offense aux bonnes moeurs. L'affaire a le mérite de donner une notoriété à l'artiste, auquel les critiques commencent à s'intéresser. Petit à petit, Blény se fait un nom. Il n'a peur de rien, a confiance, et "fou de travail", s'accroche à la certitude d'être un jour reconnu, et met tout en oeuvre pour l'être, en multipliant les contacts, les expositions.
En 1955, il décroche un contrat avec la vénérable galerie 93, rue du Faubourg Saint-Honoré. "Sa peinture a beaucoup évolué, et elle plaît. Les Parisiens achètent ses toiles.", raconte Thierry Granet. Et Blény commence à vivre de sa peinture. C'est à la galerie 93 qu'un marchand d'art américain, Gustave Gilbert, représentant la galerie Raymond et Raymond, à New-York, repère les oeuvres de Blény. Et comme le peintre note toujours son nom et son adresse au dos de ses toiles, il le contacte. "C'est une rencontre extraordinaire. Gilbert tombe amoureux de la peinture de Blény, mais il se prend d'amitié pour le peintre également. Ils deviennent des amis intimes."
Gustave Gilbert fait signer un contrat d'exclusivité à New-York, et organise une exposition simultanée de Blény à Paris, New-York et San Diego : peu d'artistes ont eu ce privilège de leur vivant. A partir de 1957, Blény vend essentiellement aux Etats-Unis. Les musées achètent ses oeuvres. Gustave Gilbert finance des voyages en Espagne, en Italie, qui viendront enrichir la palette de Blény. "Il est en train de devenir un peintre reconnu internationalement".
"A cette époque-là, dans les années 50, il y a un débat, quelque chose de fondamental, explique Annick Debien, commissaire d'exposition (et bien connue pour être l'organisatrice des Rencontres internationales d'art contemporain au château de Saint-Auvent). Il y avait alors les partisans du figuratif et ceux de l'abstraction. Ça recoupe d'ailleurs la situation politique, avec d'un côté le monde occidental et de l'autre le bloc soviétique. On peut replacer la trajectoire de Blény dans cette évolution. Elle est révélatrice de l'histoire de l'art de cette époque. Aujourd'hui, le débat, c'est surtout : est-ce de l'art contemporain ou pas? C'est aussi l'époque où les artistes contemporains entrent dans les musées, alors qu'avant, leurs oeuvres ne circulaient que par les marchands d'art." Le parcours de l'artiste est emblématique, l'évolution de sa peinture également.
"Au départ, Blény est proche de Buffet. Les artistes phares de l'époque sont Picasso, l'artiste résistant, Matisse, Léger. Pour les artistes qui viennent derrière, il y a une prise de position nécessaire. La peinture des débuts de Blény fait référence à Picasso, au réalisme socialiste. Puis il y a une évolution. 1955 est une année charnière. Une expression plus personnelle s'affirme, dans laquelle on sent l'influence de l'abstraction, du signe. On n'est plus dans le réalisme."
Travailleur acharné, convaincu que le monde reconnaitra son talent, en 12 ou 13 ans de carrière, Blény a fait considérablement évoluer sa peinture. Sous influence dans les premiers temps, elle reflètent de plus en plus "quelque chose de très personnel". Au couteau, à la paille de fer, utilisant les lignes, le trait, Blény peint de minutieux paysages de plus en plus imaginaires, des villes médiévales et fantastiques, des ponts, souvent....
Blény est un peintre qui réussit, et c'est en pleine ascension que la mort le fauche, à 35 ans, le 5 septembre 1960, sur une petite route de campagne, alors qu'il s'en allait de Saint-Junien, où il revenait régulièrement avec sa famille.
Une exposition-hommage, modeste, sera organisée à Saint-Junien en 1971. En 1972, Raymond Leclerc et le Cercle artistique et littéraire organisent également une grande rétrospective. En 1994, les Amitiés de Saint-Junien réitèrent l'exercice. Mais l'exposition de 2010 devrait être exceptionnelle : "En 1994, on n'avait pas la collaboration de Barbara, la fille de Jacques Blény. Cette année, elle nous a ouvert ses portes." Grâce à elle et Thierry Tarnaud, de nombreuses oeuvres inédites sont dévoilées, ainsi que des documents.
De nombreux collectionneurs ont prêté leurs oeuvres. La mairie a acquis récemment quelques oeuvres en plus de celle qu'elle possédait déjà. Certains tableaux ont été restaurés par Bruno Tilmant d'Auxy, installé à Château-Chervix.
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