
Raymond Frugier, maire d'Oradour-sur-Glane.
Gérer le passé, sans oublier la vie actuelle : la tâche du maire d'Oradour-sur-Glane est particulière.
"Il y a une dualité dans la gestion. Comme dans toute commune, il faut gérer la vie présente : ici, les gens veulent vivre comme ailleurs. Mais à Oradour-sur-Glane, il y a aussi cette gestion du passé." Raymond Frugier, élu au conseil municipal d'Oradour-sur-Glane depuis 1971, et maire depuis 1995, en sait quelque chose.
"Oradour appartient à tout le monde, mais n'appartient à personne." Le drame du 10 juin 1944 a fait de la commune un territoire très particulier. Le général de Gaulle a fait de la commune le symbole des crimes du nazisme. " Cela nous impose de conserver cette mémoire plus vivante qu'ailleurs." Raymond Frugier prend ce devoir très au sérieux : "Il ne suffit aps de venir une fois par an et de dire "plus jamais ça". Les voix des lieux de mémoire résonnent un peut plus fort que les autres. La fonction du maire d'Oradour, ce n'est pas de rester dans son fauteuil, c'est d'oeuvrer pour que pareil drame ne se renouvelle pas, pour rapprocher les gens. J'aurais pu y être. J'ai le devoir d'agir pour la paix, pour que ces choses n'arrivent plus."
Dès son élection, Raymond Frugier s'est attaché à résoudre un certain nombre de points de discorde symboliques. Un journaliste avait parlé de la "normalisation" d'Oradour-sur-Glane : l'expression convient tout à fait au maire : le retour de la Légion d'honneur de la commune, le retour de la statue de Fenoza, le rapprochement avec l'Alsace, puis avec l'Allemagne, "pour faire l'Europe des esprits et pas seulement celle des finances"... Autant de sujets sensibles, douloureux, mêmes, pour lequel le maire a oeuvré, dans un souci d'apaisement des esprits : "On n'a pas fait l'unanimité, mais sinon, on n'avance pas."
C'est pour porter la voix d'Oradour que Raymond Frugier arpente le monde de colloque en rencontre, de cérémonie en conférence. Il lui faut aussi répondre à la correspondance, volumineuse, qui arrive chaque jour à la mairie. Le maire tient également a recevoir officiellement en maire un certain nombre de visiteurs. De Mélenchon à Hervé Morin, du Duc d'Anjou au Grand Maître du Grand Orient : "Je met tout le monde sur le même plan. Quand j'emploie le mot tolérance, ici, ça a un sens. J'ai horreur du sectarisme."
La tâche est lourde, mais ne doit pas faire oublier le quotidien d'une commune de 2300 habitants, en plein essor démographique : "Ici, les gens veulent vivre comme ailleurs." Ils ont besoin d'équipements, de services, de vie locale, comme dans toutes les communes. Raymond Frugier compte au cours de ses mandats différents chantiers importants : les accès routiers au bourg, l'agrandissement de l'école ("Avec 285 élèves, c'est le plus grand groupe scolaire de la communauté de communes."), le centre de loisirs, le pôle petite enfance, la rénovation de la place du champ de foire, de l'Eglise, les stations d'épuration...
Et ça continue. Dès le premier trimestre 2012, de nombreux chantiers vont être lancés : celui de la station d'épuration (porté par la commune seule, un chantier d'1,5 millions d'euros), celui du gymnase, porté par la communauté de communes, celui des six logements pour personnes âgées, sans compter la voirie, etc. Et les projets à venir, comme celui d'un nouveau lotissement : "C'est quand on est dans le creux de la vague, qu'il faut agir, pour être prêt quand les demandes arriveront." Oradour-sur-Glane, marquée par le passé, est aussi une commune en plein développement.
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