Article du 11/01/2012 à 11:39
On a failli manquer de films !
Depuis le lundi 19 décembre, la société qui approvisionne les cinémas locaux en bobines est en liquidation judiciaire. La nouvelle a été rude et il a fallu s'adapter pour que les projections aient lieu. Une nouvelle organisation dans les salles rurales s'annonce.

Avant que le film ne démarre, lorsque tout le monde s'est installé dans la salle obscure du cinéma de Peyrat-le-Château, Saint-Junien ou Bourganeuf, il a déjà parcouru du chemin. Et les salles rurales, qui maintiennent cet accès à la culture pour chacun face aux multiplexes des grandes agglomérations, ont besoin de faire partie de ce chemin. Jusqu'au lundi 19 décembre, c'était Everest qui s'occupait du transport des bobines.
Cette société de la Haute-Garonne vient d'être mise en liquidation judiciaire et n'a donc pu assurer le transport des bobines depuis plus d'une semaine. Les raisons sont les mêmes que pour les autres sociétés similaires forcées de fermer ces derniers mois : les intermédiaires logistiques sont les premiers à subir la dématérialisation des supports. Même lorsque ceux-ci ne le sont pas, ils ont tellement réduit avec le numérique (un DVD ne pèse pas le même poids que les bobines d'un film) que le courrier suffit.
Toujours est-il que, pour les exploitants de salle, il a fallu trouver des solutions pour ne pas avoir à annuler des séances car, même si c'est dans les projets de toutes les municipalités, toutes ne sont pas encore « passées au numérique ». « C'est vrai qu'on a appris ça le lundi soir pour les films que l'on attendait mardi, » raconte Clément Boisier, projectionniste au Rex de Saint-Léonard-de-Noblat, « mais le message est bien passé entre les salles et on s'est tous organisés pour récupérer les films par nous-même ou avec les mairies. »
L'histoire est la même dans presque tous les cinémas de Saint-Junien à Eymoutiers et Bourganeuf en passant par Châteauneuf-la-Forêt, ou Saint-Yrieix-la-Perche. C'est le système D qui a prévalu les premiers jours avant de s'organiser différemment et, pour la plupart, se tourner vers un transporteur privé (France Express) afin de faire circuler les copies.
Si tout le monde semble s'être remis de la gêne occasionnée par la fermeture d'Everest, aucune nouvelle solution n'était encore vraiment mise en avant, lundi dernier et certains sont plus impatients que d'autres.

Le cas de Peyrat

À Peyrat-le-Château, par exemple, on a vécu un peu moins facilement ce changement d'organisation. La séance du mercredi a dû être annulée dans ce cinéma associatif et Bande originale, l'association qui gère « Le Club », ne peut s'empêcher de noter le surcoût que représente le transporteur qui assure l'intérim. Pourtant, même dans cette salle, il faudra rejoindre les normes numériques d'ici 2013 et ce n'est pas le moment de ponctionner un budget qui doit servir à ce fameux « passage » qui cause, de fait, la fermeture de petits transporteurs comme Everest.
Si l'opération peut être financée, ici comme ailleurs, à hauteur de 80 % (Région, CNC...), il faudra tout de même pouvoir insuffler entre 15 000 et 20 000 €. Ce changement implique aussi, pour pouvoir justifier les aides obtenues, de passer d'une projection par semaine à cinq. Une autre bonne nouvelle pour les Peyratois, demandeurs selon Alain Dècle, le président de « Bande originale ». « Ca ne nous demandera pas plus de maintenance puisque le lancement des films sera simplifié par la technologie et le démontage n'aura plus lieu. On augmentera la fréquentation en même temps que les séances. Il y a beaucoup de spectateurs qui regrettent toujours qu'un film ne soit pas projeté tel ou tel jour. »
Plus de peur que de mal, au final, pour les spectateurs ruraux qui n'ont pas subi, eux, les effets de cette affaire. Reste à trouver une solution qui ne grignote pas trop les budgets municipaux ou propres des cinémas locaux pour l'année à venir puisque d'ici 2013, toutes les salles devraient pouvoir se contenter de la livraison postale pour les films récents. Restera ensuite à trouver une solution pour les jours de grève à la poste, quand il n'y aura plus de transporteurs officiels...



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