Article du 19/01/2012 à 15:03
Les circuits courts à la loupe
Cédric et Marion Pouget et leur fils, Jules.
L'enquête en cours permettra d'en savoir plus sur ces modes de vente des produits agricoles, et de mieux piloter les actions en faveur de leur développement.

Une enquête statistique sur les circuits courts de commercialisation des produits agricoles en Limousin a été lancée conjointement par la Draaf et le Conseil régional, en partenariat avec les partenaires régionaux (Chambre d'agriculture, l'université de Limoges, le Réseau agriculture durable...).
Ce qu'on appelle circuit court, c'est le mode de commercialisation des produits alimentaires agricoles impliquant au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur : cela inclut la vente directe à la ferme ou sur les marchés bien entendu, mais aussi l'approvisionnement des restaurateurs, des commerces locaux, la vente par 'pa-niers”, etc. Ces pratiques se multiplient en Limousin : elles correspondent à des attentes des consommateurs, à des dynamiques locales. Et c'est pour accompagner ce mouvement que les pouvoirs publics ont besoin d'affiner les connaissances sur le sujet.
Le recensement agricole mené il y a un an abordait pour la première fois la thématique des circuits courts. Il en ressort que 10 % des exploitants du Limousin commercialisent tout ou partie de leur production en circuit court. Dans 32 % des cas, ce mode de vente représente moins de 10 % du chiffre d'affaires de l'exploitation. Dans plus de 500 exploitations, au contraire, il représente 75 % du chiffre d'affaires.
Le recensement faisait apparaître que la commercialisation en circuit court est facilitée par la proximité d'un bassin de population peuplé, avec cependant de notables exceptions, comme le plateau de Millevaches. Les produits les plus fréquemment cités lors du recensement sont la viande, les fruits, les oeufs et volailles, les légumes et le miel.
Affiner les résultats
Le recensement agricole 2010 donnait déjà quelques indications au niveau régional sur ces circuits courts, qui demandent à être affinées. 'On ne connaît pas les circuits courts en Limousin”, relève Christophe Leyssenne, chef du service de l'information statistique économique et territoriale à la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt. Pour cette enquête, les partenaires veulent 'une meilleure connaissance des circuits courts pour adapter le pilotage” : une approche par filière, par mode de vente et par territoire, qui donnera une vision globale, qui servira d'outil aux pouvoirs publics pour l'accompagne-ment des projets, la coordination des actions, l'organisation de la distribution alimentaire sur le territoire.
Il ne s'agit pas de réinterroger les 1 400 exploitants identifiés lors du recensement agricole. Le service d'information statistique de la Draaf, qui pilote l'enquête, a constitué un échantillon de 550 exploitants, ainsi que 110 porteurs de projets, que les 11 enquêteurs ont rencontrés ou vont rencontrer (l'enquête se déroule depuis le 15 novembre jusqu'au 15 janvier).
Freins et éléments de réussite
Des données quantitatives seront recueillies, mais également des éléments qualitatifs. 'On demande notamment aux exploitants les freins et facteurs de réussite à la mise en oeuvre de la vente en circuit court.” Ces éléments permettront d'accompagner plus efficacement de nouveaux projets. Des questions abordent aussi les aspects économiques : le revenu, la charge de travail : 'Les circuits courts permettent de capter de la valeur ajoutée, mais cela rajoute un poste de travail dans l'unité d'exploitation.” L'enquête s'intéresse également aux zones de chalandises, aux réseaux locaux : les circuits courts impliquent une proximité relationnelle entre le producteur et le consommateur, mais également une proximité géographique, ce qui en fait élément de la dynamique d'un territoire.

Une démarche 'logique”
A Saint-Laurent-sur-Gorre comme dans leurs autres boutiques ou sur les marchés, Cédric et Marion Pouget vendent des fruits et légumes dont beaucoup viennent d'exploitations de la région.
'Depuis le début, on a cherché des producteurs locaux”, explique Marion. De fil en aiguille, au fil des rencontres, les produits de la région et des alentours ont pris de plus en plus de place dans le magasin. 'Si la marchandise est à côté de chez nous, pourquoi aller la chercher ailleurs. C'est juste un raisonnement logique”, explique Marion. 'C'est logique de faire travailler ceux qui sont à côté de chez nous, et ce serait dommage de faire venir des pommes, par exemple, d'autres régions.”
Se fournir localement représente des avantages. 'La proximité, c'est un gage de fraîcheur.” Évidemment, cela demande une certaine organisation des plannings, pour aller chercher les marchandises. Mais, ça permet d'ajuster les stocks plus facilement en fonction de la demande : 'Si on a besoin, on fait plusieurs livraisons dans la semaine.” En outre, l'avantage est économique : des intermédiaires en moins, ça permet au producteur de mieux gagner sa vie et aux commerçants de proposer des prix intéressants.
Pour autant, les magasins ne proposent pas que des produits locaux : pas question de ne s'adresser qu'aux locavores ou aux consommateurs de bio. 'Il faut trouver un juste équilibre : il faut pouvoir offrir une large gamme de marchandises. On n'est pas producteurs, et le fait qu'on n'ait pas de haricots verts à Noël est moins bien accepté par les clients que chez un producteur en vente directe. Si on n'en propose pas, ils iront ailleurs.” Marion estime cependant que l'information au consommateur, qui a été 'tellement baladé”, est importante. 'On va mettre en place un système d'étiquettes pour identifier et mettre en valeur les produits locaux, pour permettre aux gens de se rendre compte.”

Un poste en plus sur l'exploitation
À Saint-Auvent, Cathy et Philippe Jousse vendent des fromages sur leur exploitation laitière.
Tout a commencé parce Cathy faisait pour sa famille, comme le faisait sa belle-mère, du fromage frais avec le lait de l'exploitation laitière. Un ami a adoré et lui en a commandé, puis d'autres y sont venus... Jusqu'à ce qu'on lui suggère d'en vendre : "Ça va pas, non ?" a-t-elle rétorqué avant d'y réfléchir. 'Philippe m'a dit : on pourrait tester..." Et c'est comme ça que ça a commencé en 1998 : "On a acheté quelques chèvres pour pouvoir proposer deux types de fromages. Puis le bouche-à-oreille a fonctionné. On a fait un labo et un tout petit magasin : c'était du provisoire qui a duré longtemps." Depuis, un magasin plus adapté accueille, trois jours par semaine, les clients, en face de la maison familiale. "Il a fallu deux ans et demi trois ans pour avoir une bonne clientèle. On a commencé à faire du fromage demi-sec, du sec... Il faut fabriquer ce que les clients demandent." Petit à petit, en fonction des avis des clients, Cathy s'est formée sur le tas, a appris à affiner le fromage, a diversifié les produits...
Désormais, l'atelier fromage a une bonne clientèle : "des particuliers, pas mal de restaurants, et maintenant aussi des restaurants scolaires, depuis qu'ils ont un budget pour faire des produits locaux." Evidemment, c'est beaucoup de travail : "Il faut toujours innover, se bouger." Cela représente un vrai temps complet, et un vrai salaire. Ce qui était le but, au départ, pour éviter à Cathy d'aller chercher du travail à l'extérieur. "Avec notre petit quota, il fallait trouver une solution, explique Philippe. Et puis le magasin, ça permet aussi de ne pas rester que dans le monde agricole."

Abattre et valoriser la viande...
A Eymoutiers, une association porte, depuis quelques années, le projet qui devrait aboutir d'ici un an à la réouverture de l'abattoir.
« Abattre et valoriser la viande en Limousin » proposera ici « quelque chose de nouveau » selon le président et éleveur Guillaume Betton. Plus que l'abattage, cette entreprise qui sera gérée en société coopérative d'intérêt collectif proposera le transport à vif, la découpe, l'emballage et le transport retour. Un véritable service maximum qui permettra aux producteurs locaux de mettre en vente directe leur viande à moindre coût. Une plateforme logistique est même envisagée afin de pouvoir fournir les collectivités via une société de commercialisation... La viande ne sera jamais arrivée aussi directement dans les assiettes !
L'association réunie des producteurs mais aussi des bouchers, des particuliers, des communes et même des associations. L'économie locale bénéficie de ces « circuits courts »  puisque 5 postes a temps plein devraient être créés dès l'ouverture.

AMAP : un échange de bon procédé
Autre forme de circuit court, celui proposé par les Amap (association pour le maintien d'une agriculture paysanne). A Saint-Léonard, une Amap vient de se créer, à l'initiative de consommateurs. Une quinzaine de producteurs fermiers s'engagent auprès d'eux pour le développement d'une agriculture raisonnée et transparente.
Pour les autres Amap, celle de Saint-Léonard est née de l'envie commune de consommateurs et de producteurs de construire un partenariat basé sur la qualité de leurs relations, des produits et des prix équitables. Promouvoir une agriculture durable, de proximité et écologiquement saine ainsi que permettre aux citoyens de devenir 'consomm'acteurs”, tel est le but. En s'engageant à acheter, une fois par semaine, légumes, viandes, fruits et autres aux producteurs associés, les participants leur assurent ainsi un revenu 'fixe” puisque défini à l'avance. En échange, ils demandent à connaître tout le chemin de production de ce qu'ils achètent.
Depuis le mois de novembre, ce petit groupe se réuni donc tous les mercredis, de 17 h 30 à 19 h sous les halles de Saint-Léonard pour passer commande et, surtout, récupérer les paniers de produits frais et locaux. Une façon d'obtenir des produits haut de gamme à moindre coût...






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Cathy Jousse a étoffé sa gamme de produits et sa clientèle.
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